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Sic Itur Ad Absurdum
14 Août 2011 Numéro 70 - Semaine du 8 au 14 août 2011

Les nouvelles intéressantes sont peu nombreuses cette semaine –vacances obligent– ; aussi, la revue du web sera brève.

Le groupe de hackers Anonymous a encore fait parler de lui cette semaine, d’abord en «piratant» le site Web du ministère de la défense syrien afin de dénoncer la répression sanglante dirigée par le régime contre le peuple, puis en subissant à son tour le «piratage» de son portail sur le Web par un groupe anonyme se présentant comme la «Syrian cyber-amy».

Tant qu’à parler de sécurité informatique, mentionnons la faille de sécurité dans iOS et Android découverte par une fillette de 10 ans. Le «truc» est vieux comme le monde l’informatique : pour altérer le fonctionnement d’un logiciel calculant des durées, il suffit de modifier l’heure interne de son ordinateur. Lassée d’attendre que son petit monde virtuel, créé dans un jeu de simulation, évolue, la fillette a déconnecté son appareil du réseau (afin de neutraliser le réglage de l’heure à distance), et a simplement avancé l’heure. De retour dans son jeu, son monde virtuel avait d’autant évolué que l’heure avait été avancée. Le changement de l’heure s’est répercuté sur d’autres logiciels de l’appareil. Mais s’agit-il vraiment d’une faille iOS et Android, et non plutôt d’une faille de ces applications ? C’est en effet aux développeurs de prévoir les situations dans lesquelles l’heure de l’appareil change (par exemple, lorsque l’utilisateur change de fuseau horaire).

En Nouvelle-Zélande, la riposte graduée se met progressivement en place. Aux États-Unis, le nombre de poursuives dirigées contre des utilisateurs des réseaux BitTorrent crève le plafond. Mais elles sont loin d’être toutes justifiées ; le bien fondé de celle dirigée contre un aveugle pour le téléchargement d’un film, par exemple, est vraiment douteux…

Nous en parlions la semaine dernière, l’encyclopédie Wikipedia manque de contributeurs. Jimmy Wales a annoncé cette semaine que l’encyclopédie en ligne comptait actuellement 82 000 auteurs (comprendre: auteurs réguliers) et se fixait pour objectif d’en recruter 5000 de plus en 2012. L’ergonomie du site sera revue, et ce ne sera pas un mal. En outre, l’un des objectifs du site est de diversifier les profils de ses auteurs (qui ont souvent tendance à être occidentaux, jeunes et geek).

Pour finir, parlons un peu de matériel. La rentrée devrait être intéressante, cette année, avec l’arrivée sur le marché d’un nouveau type d’appareils : les «UltraBooks». Il s’agit d’ordinateurs à mi-chemin entre les «NetBooks» et les «Laptops» traditionnels. Comme les ordinateurs portables traditionnels et contrairement aux NetBooks, les UltraBooks ont un écran de taille moyenne ou grande (12-14»), un clavier avec de larges touches (sans pavé numérique), un touchpad suffisamment grand, et surtout des composants internes puissants (du genre : disque SSD, Intel i3/5/7 + composant graphique Intel HD 3000, 4 Go de RAM). Mais contrairement aux ordinateurs portables traditionnels et à l’instar des NetBooks, ils ont une grande autonomie (batterie 6 cellules au moins), et ils sont fins et légers. Le fondeur Intel a récemment 300 millions de dollars dans le développement des UltraBooks. La première génération d’appareils devrait arriver en septembre 2011, et être suivie d’une deuxième génération début 2012. Ces appareils devraient être vendus aux alentours de 1000 euro. Alors, les tablettes ont-elles vraiment gagné la bataille, les PC appartiennent-ils au passé, comme certains le soutiennent, ou les UltraBooks (et les MacBook Air) prendront-ils la relève des portables classiques ?

• 566 mots • #téléchargement #propriété intellectuelle #piratage #sécurité #USA #Anonymous #iOS #Wikipedia #BitTorrent
7 Août 2011 Numéro 69 - Semaine du 1er au 7 août 2011

Au sommaire cette semaine : la riposte graduée arrive au Royaume-Uni, Google dans le collimateur des autorités européennes de régulation de la concurrence et les suites de l’affaire Rojadirecta aux États-Unis.

La riposte graduée arrive au Royaume-Uni, le législateur britannique ayant semble-t-il, comme le législateur français avant lui, cédé sous la pression des majors de l’industrie culturelle. Outre la riposte graduée, le filtrage DPI est envisagé pour le futur. Dans le cadre de la «modernisation» du droit de la propriété intellectuelle, le droit anglais va également se doter de nouvelles exceptions au monopole patrimonial de l’auteur sur son œuvre. Ainsi, une exception pour la copie privée devrait faire son apparition. Rappelons qu’une telle exception existe déjà en droit français : les tiers n’ont aucun «droit» à la copie privée à faire valoir à l’encontre de l’auteur, mais il peuvent soulever une exception de copie privée comme moyen de défense s’ils sont accusés de contrefaçon.

Google, le géant américain aux 900 000 serveurs, ferait l’objet d’une enquête de la Commission européenne pour abus de position dominante. Par ailleurs, l’opérateur a ouvert en France son service de VoIP intégré à Gmail, qui entre donc en concurrence directe avec le leader du marché, Skype (récemment racheté par Microsoft).

Aux États-Unis, un juge a statué sur la «contre-offensive» menée par le site espagnol Rojadirecta (v. n°43 et n°62) : la privation du bénéfice d’un nom de domaine ne constitue pas, en l’espèce, une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression, le site demeurant accessible grâce à d’autres noms de domaine. La décision se comprend, car il est vrai que la privation des noms de domaine en .org et .com n’a pas empêché la diffusion du site. Toutefois, la question de l’hégémonie américaine dans la gestion des extensions org, com et net demeure. En outre, s’il s’était agi d’un site américain privé d’un nom de domaine en .com par une décision de justice espagnole, il est plus que probable que le juge américain aurait conclu à l’existence d’une atteinte au 1er amendement et qu’il aurait refusé l’exequatur de la décision étrangère.

L’encyclopédie collaborative Wikipédia est en manque de contributeurs. Contrairement aux encyclopédies classiques, rédigées par des spécialistes reconnus, la force de Wikipédia réside dans
le grand nombre de ses auteurs : il y aura toujours quelqu’un pour corriger une erreur, ou pour apporter une information récente manquante. Mais voilà, les lecteurs se transforment de moins en moins en auteurs : lorsqu’ils rencontrent une information erronée, ils passent leur chemin sans en tenir compte, au lieu de modifier la page pour rétablir la vérité. Les causes de ce phénomène sont multiples, mais il y a fort à parier que l’interface peu ergonomique du site, ainsi que l’horrible syntaxe Wiki, dissuadent de nombreux contributeurs potentiels.

• 469 mots • #propriété intellectuelle #Google #filtrage #DPI #Hadopi #liberté d'expression #concurrence #régulation #Wikipedia #partage #culture
31 Juill 2011 Numéro 68 - Semaine du 25 au 31 juillet 2011

Cette dernière semaine du mois de juillet fut relativement pauvre en actualités relatives aux nouvelles technologies. On reviendra ainsi, sans surprise, sur certains thèmes récurrents.

Le filtrage d’Internet est décidément un sujet à la mode. Après l’affaire Scarlet c. SABAM, dont nous avons parlé ici à plusieurs reprises, les ayants droit belges s’attaquent désormais aux hébergeurs. En effet, selon eux, de nombreux contenus «pirates» seraient diffusés par le truchement des réseaux sociaux (p. ex. Facebook) ou des sites interactifs du Web 2.0 (YouTube, Dailymotion, etc.). Or, selon les dernières évolutions jurisprudentielles, ces sites semblent désormais devoir bénéficier du régime de responsabilité spécial des hébergeurs. Il est donc naturel pour les ayants droit qu’il puisse leur être enjoint de filtrer les contenus soumis par les internautes afin d’empêcher la diffusion de contenus contrefaisants. La CJUE devrait prochainement se prononcer sur la question.

S’agissant du retrait des contenus contrefaisants existants, le droit européen se démarque du droit américain. Notre droit exige en effet un certain formalisme dans le signalement des contenus illicites, alors que le droit américain met à la charge de l’opérateur qui reçoit le signalement l’obligation de le rechercher parmi les contenus qu’ils participe à diffuser sur le réseau. Ce défaut de formalisme dans la procédure de retrait des contenus illicites prévue par la loi américaine (DMCA) a un effet pernicieux : les retraits abusifs, par précaution, de contenus qui pourraient s’avérer contrefaisants mais qui, en réalité, ne le sont pas. L’on apprend cette semaine que l’hébergeur Hotfile reproche à la Warner Bros d’avoir abusivement supprimé des contenus licites ou des contenus contrefaisants sur lesquels elle ne disposait d’aucun droit.

Après la tuerie survenue en Norvège, de nombreuses personnes ont reproché aux autorités norvégiennes de ne pas avoir suffisamment surveillé les contenus échangés sur Internet afin d’identifier les messages annonçant des attentats et leurs auteurs, afin de prévenir les menaces. En France, les autorités ont promptement réagi en publiant les statistiques des signalements de contenus illicites pour l’année 2010.

Les réseaux sociaux représentent également un danger pour la vie privée des internautes. Google a mené une chasse aux pseudonymes sur son réseau social Google+, toujours en closed beta, en fermant les comptes des utilisateurs qui ne s’étaient pas identifiés avec leur identité civile réelle. La société américaine a cependant rapidement dû revoir sa position et admettre que, dans certains cas, l’emploi de pseudonymes pouvait être justifié. La règle par défaut pour les membres de Google+ reste toutefois l’affichage de leur identité réelle. Sur cette question au moins, Facebook semble suivre le même chemin que Google.

S’agissant d’informatique pure, l’on constate depuis quelques temps un phénomène intéressant : la multiplication des systèmes d’exploitation, et l’accroissement de la visibilité de systèmes qui demeuraient jusqu’à présent marginaux. Pendant plusieurs décennies, le marché des systèmes d’exploitation était dominé par «les trois grands» : Unix (et ses dérivés, Linux, BSD), Mac OS et Windows. L’apparition des terminaux mobiles a quelque peu bouleversé cet écosystème : de nouveaux systèmes sont apparus, certains fondés sur des systèmes existants (par exemple, iOS sur Mac OS X, Android et ChromeOS sur Linux), d’autres non. Aujourd’hui, la fondation Mozilla (éditrice du navigateur Firefox) annonce le projet de système d’exploitation «Boot to Gecko», destiné aux terminaux mobiles. De son côté, l’armée américaine publie une nouvelle version de sa distribution Linux sécurisée, destinée à être lancée depuis une clé USB.

• 565 mots • #Internet #propriété intellectuelle #responsabilité #Google #vie privée #Apple #linux #Facebook #filtrage #réseaux sociaux #liberté d'expression #Web 2.0 #FAI #iOS #ANdroid
27 Juill 2011 Natural Scrolling & Linux Avec OS X "Lion", Apple a inversé le sens du défilement avec le Touchpad : glisser les doigts vers le bas ne fait plus descendre l’ascenseur sur le côté de la fenêtre, et le contenu avec lui, mais "tire" la page vers le bas faisant ainsi remonter le contenu. Voici comment reproduire ce comportement sous Linux. • 154 mots • #hardware #Linux #Apple #os x #lion #configuration #X Server
24 Juill 2011 Numéro 67 - Semaine du 18 au 24 juillet 2011

Les informations les plus importantes de la semaine portent sur la régulation du réseau au sens large : neutralité du Net et licence globale.

Neutralité du Net

L’on parle en effet, à Bruxelles, de «différenciation dans la gestion du contenu» dans le cadre de la fourniture d’accès à Internet. De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une réponse à un problème économique intrinsèque au fonctionnement d’Internet : le réseau sert à véhiculer des contenus de plus en plus volumineux et demandeurs en bande passante (par exemple, le streaming multimédia), alors que la bande passante est une ressource limitée. L’idée de la différenciation du contenu apparaît alors de manière évidente : certains contenus bénéficieront d’une priorité et se verront allouer la majeure partie de la bande passante, alors que d’autres contenus, non prioritaires, devront se contenter de la bande passante restante. Concrètement, voici un hypothétique futur : les FAI et les «gros» opérateurs s’entendent ; l’internaute paie un forfait «haut débit premium» à son FAI et peut accéder à YouTube à pleine vitesse ; en revanche, lorsqu’il se rend sur le site d’un petit hébergeur de vidéos indépendant, la bande passante est limitée et le débit chute de manière drastique. On l’aura compris, il s’agit d’une rupture du principe de neutralité du Net.

Propriété intellectuelle

En France, Martine Aubry, candidate aux primaires socialistes pour l’élection présidentielle de 2012, propose l’instauration d’une licence globale à 2 euro par mois, en même temps que l’abrogation de la loi Hadopi.

De son côté, le ministre de la Culture juge que l’abrogation d’Hadopi est «une folie». Pour preuve s’il en est, les USA sont en train d’instaurer un système de riposte graduée (v. n°65). Mais c’est oublier que, précisément, c’est aux USA que le lobby des ayants droit est le plus puissant (Hollywood). La balance penche donc systématiquement de leur côté, au détriment de l’intérêt général.

Que propose le PS ? Selon son programme, «l’acceptation des échanges de biens culturels hors marché, à des fins non lucratives, conduira les internautes à s’acquitter en retour d’une contribution individuelle au financement de la création, qui doit rester modeste et pourrait devenir socialement progressive». Cela signifie que les internautes pourront s’échanger des fichiers d’oeuvres protégées par le droit de la propriété intellectuelle (films, musique, livres, photos…), à titre gratuit, en échange d’une augmentation de 2 euro du prix de leur abonnement à Internet. Les internautes ne souhaitant pas échanger de fichiers pourraient ne pas payer les 2 euro supplémentaires (puisque la contribution est «individuelle»). L’aspect «socialement progressif» du supplément reste plus mystérieux.

Il serait intéressant d’envisager une progression en fonction du débit. Ainsi, les internautes qui souhaitent avoir un accès à faible débit (disons, ADSL 2 Mb/s) paieraient un supplément de 50 centimes d’euro, parce qu’un tel débit ne permet de télécharger que très peu d’oeuvres multimédia dans le laps de temps d’un mois. Les internautes bénéficiant d’un débit moyen (disons, ADSL 20 Mb/s) paieraient le supplément «normal» de 2 euro, parce que le débit de leur ligne permet de télécharger confortablement un volume important de fichiers. Enfin, les internautes connectés à haut débit paieraient de 3 à 5 euro.

Dans un tel scénario, le supplément serait intégré dans le prix de l’abonnement, perçu et reversé par les FAI, et ne ferait pas l’objet d’un option de la part de l’internaute (une telle option favoriserait la fraude: les internautes ne paieraient pas le supplément et téléchargeraient tout de même en profitant de l’immunité de fait que leur confère l’abrogation d’Hadopi et la fin de la surveillance des réseaux de partage). Cette solution présente également l’avantage de ne pas rompre avec le principe de neutralité du Net, puisqu’il n’y a pas de discrimination quant au contenu des échanges, au protocole de communication utilisé ou à l’émetteur ou au destinataire des données. Elle permettrait enfin d’endiguer le phénomène du téléchargement direct qui exacerbe le problème de la répartition de la bande passante et crée un marché parallèle de l’hébergement de fichiers contrefaisants, en permettant à nouveau les échanges entre internautes lorsqu’ils sont directs, désintéressés, et à but culturel.

• 684 mots • #Internet #neutralité #téléchargement #P2P #propriété intellectuelle #discrimination #Hadopi #USA #bande passante #FAI #régulation #streaming #licence globale #politique