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Sic Itur Ad Absurdum
28 Mars 2005 Recours pour excès de pouvoir et contrat administratif

DISSERTATION: Le recours pour excès de pouvoir et le contrat administratif.

Nota Bene : cet article date de 2005 ; attention à l’évolution postérieure de la jurisprudence (v. les commentaires ci-dessous).

L’action de l’administration peut se manifester de manière unilatérale ou bilatérale, par le biais d’actes administratifs unilatéraux réglementaires ou individuels, ou de contrats administratifs. Dans un cas comme dans l’autre, l’action de l’administration est soumise au contrôle du juge administratif, mais la différence de nature des actes unilatéraux et bilatéraux impose une distinction des voies de recours marquée par l’existence de deux types de recours différents : le recours pour excès de pouvoir contre les actes unilatéraux, et le recours de plein contentieux contre les contrats.

Dans le cadre du recours de plein contentieux, le juge administratif peut, à la demande d’une des parties, constater la nullité totale ou partielle du contrat, trancher les litiges relatifs à l’exécution du contrat, sa modification ou résiliation unilatérale par l’administration, et attribuer le cas échéant au cocontractant l’allocation de dommages-intérêts en cas de faute ou de responsabilité objective de l’administration. Dans le cadre du recours pour excès de pouvoir, le juge administratif peut, à la demande de tout intéressé, annuler un acte administratif unilatéral garantissant ainsi, conformément aux normes constitutionnelles, internationales et légales, et « conformément aux principes généraux du droit, le respect de la légalité » (arrêt CE Ass. « Dame Lamotte » du 17 février 1950).

Aux deux modes d’action de l’administration correspondent donc deux recours contentieux différents de par leur nature, leurs fonctions et leurs implications. Cependant, en pratique, la distinction n’est pas aussi nette, et l’administration peut agir dans le même acte de manière contractuelle et unilatérale. Ainsi, certains actes unilatéraux peuvent être « détachables » des contrats administratifs, et certaines stipulations contractuelles peuvent en réalité prendre la forme de « dispositions réglementaires ». Dans ce cas, la solution classique est de remettre le contrat dans son ensemble en question par le biais du recours de plein contentieux. Mais cette solution présente un énorme inconvénient puisque le recours de plein contentieux n’est ouvert qu’aux parties au contrat, à l’exclusion des tiers même ayant un intérêt légitime à agir. Or, les contrats administratifs peuvent produire des effets sur les tiers qui ne trouveront aucune voie de droit ouverte pour déclarer la nullité du contrat ou de l’acte leur portant préjudice. La jurisprudence a trouvé une solution à ce problème dès 1905 en permettant aux tiers d’attaquer en excès de pouvoir les actes unilatéraux antérieurs ou postérieurs aux contrats et détachables de ceux-ci. Mais cette solution ne concerne pas le contrat lui-même qui resta pendant longtemps totalement étranger au contentieux de l’excès de pouvoir, jusqu’à ce que la loi et la jurisprudence reconnaissent la recevabilité du recours pour excès de pouvoir contre le contrat dans certains cas précis. L’incompatibilité apparente entre le recours pour excès de pouvoir et le contrat administratif n’est donc plus absolue mais relative.

La jurisprudence a longtemps refusé de recevoir les recours pour excès de pouvoir contre les contrats administratifs, ne les acceptant que contre les actes unilatéraux « détachables » du contrat, car il existe une incompatibilité apparente entre le recours pour excès de pouvoir et la matière contractuelle (I). Néanmoins, cette incompatibilité n’est pas totale, la loi et la jurisprudence récente ayant admis que dans certains cas déterminés, un contrat administratif puisse faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir (II)

I - Incompatibilité apparente entre le recours pour excès de pouvoir et le contrat administratif

Il existe une incompatibilité entre le contrat administratif et le recours pour excès de pouvoir. De manière générale, un contrat ne peut pas faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir, car c’est le « juge du contrat » et non pas le juge de la légalité qui doit connaître du contentieux contractuel. La nature même du contrat administratif et l’existence d’un recours adapté au contentieux contractuel rendent irrecevable tout recours pour excès de pouvoir dirigé contre un contrat (A). Cependant, certains actes unilatéraux, parce qu’ils sont « détachables » du contrat, relèvent du domaine du juge de la légalité et pourront faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir (B).

A - Le contrat, de par sa nature, ne peut pas faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir.

Le contrat de droit commun est l’acte juridique par lequel des personnes consentent à s’obliger réciproquement l’une à l’égard de l’autre. Le contrat est donc en principe un acte bilatéral, chaque partie devenant titulaire de droits subjectifs et d’obligations, et la cause abstraite de l’obligation d’une partie résidant de manière générale pour les contrats synallagmatiques dans l’obligation corrélative de l’autre partie. Le contrat administratif répond à la même définition générale, mais comporte cependant deux particularités : une des parties doit en principe être une personne publique, et le contrat doit être en relation avec une activité publique.

Le recours pour excès de pouvoir est une voie de droit destinée à apprécier la validité d’un acte administratif unilatéral, réglementaire ou individuel. Sont ainsi susceptibles de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoirs les actes de l’administration faisant grief, parce qu’ils sont imposés unilatéralement aux administrés par des personnes publiques. Le recours pour excès de pouvoir est donc l’outil juridique destiné à veiller à ce que l’action de l’administration ne sorte pas du cadre de la légalité. Or, le contrat est « la loi des parties », parce que ses effets obligatoires existent uniquement entre les parties, et qu’ils n’existent que parce que celles-ci ont volontairement choisi de s’engager. Il serait donc incohérent d’utiliser un recours prévu pour le contrôle de légalité d’actes administratifs unilatéraux, pour contrôler la validité d’actes bilatéraux résultat de l’accord des volontés des parties.

De plus, il existe une voie de recours plus appropriée pour juger de la validité des contrats : le recours de plein contentieux (ou de pleine juridiction). Dans le cadre de ce recours, le juge administratif dispose de pouvoirs plus étendus que dans le cadre du recours pour excès de pouvoirs. Il peut ainsi annuler ou réformer un acte, et imposer une condamnation pécuniaire à l’administration. Les contractants ayant automatiquement un intérêt légitime à demander l’annulation ou la réformation du contrat (puisque c’est eux qu’il oblige), ils pourront exercer un recours de plein contentieux. Or, la possibilité d’exercer un recours de plein contentieux exclut la possibilité d’exercer un recours pour excès de pouvoirs, les deux recours ne pouvant être cumulés. Par conséquent, les contractants ne pourront pas exercer de recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif qui les lie.

Cependant, le recours de plein contentieux n’étant ouvert qu’aux parties au contrat, les tiers, même ayant un intérêt à agir, ne pourront pas utiliser cette voie de droit. Ils ne pourront pas non plus former de recours pour excès de pouvoir contre le contrat, puisque celui-ci n’est pas adapté à la matière contractuelle. Pour sortir de cette logique et éviter que toute voie de droit ne soit fermée aux tiers, le juge administratif a considéré qu’il existait des actes unilatéraux « détachables » du contrat administratif, et que ces actes pouvaient en toute logique faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir.

B - Les actes unilatéraux « détachables » du contrat peuvent, eux, faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir.

Le Conseil d’Etat a reconnu dans l’arrêt « Martin » (1905) l’existence d’actes unilatéraux « détachables » du contrat, et a admis qu’ils pouvaient faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. Est ainsi considéré comme acte détachable du contrat tout acte antérieur à sa conclusion (par exemple, la décision de passer le contrat), et tout acte postérieur à sa conclusion concernant son exécution, sa modification ou sa résiliation. L’apport direct de cet arrêt est d’établir que la décision prise par un conseil général de passer un contrat ne rentre pas dans le champ contractuel, elle reste un acte unilatéral que les tiers peuvent déférer au juge de l’excès de pouvoir. La jurisprudence ultérieure est allée dans le même sens que l’arrêt « Martin », admettant que des actes unilatéraux ne soient pas « absorbés » par le contrat, et posant étape par étape les règles générales de recevabilité d’un recours pour excès de pouvoir contre un acte détachable du contrat, et les effets sur le contrat de l’annulation de cet acte détachable.

Les moyens invocables contre l’acte détachable du contrat en recours pour excès de pouvoir sont limités à l’illégalité de l’acte, ou à l’existence d’un vice de forme ou de procédure. Cela implique que dans le cas d’un acte postérieur à la conclusion du contrat, les moyens ne pourront pas porter sur la méconnaissance par l’une ou l’autre des parties des stipulations contractuelles.

Concernant la recevabilité du recours, il faut distinguer deux cas : si le requérant est partie au contrat, ou si le requérant est un tiers. Si le requérant est partie au contrat, il aura automatiquement intérêt à agir, son recours contre les actes détachables antérieurs à la conclusion du contrat sera donc recevable. Par contre, il ne pourra attaquer les actes postérieurs à la conclusion du contrat en excès de pouvoir, puisque le recours de plein contentieux contre le contrat lui-même lui est ouvert. Si le requérant est un tiers, il devra justifier d’un intérêt légitime à agir découlant par exemple du fait de ne pas avoir été retenu par l’administration pour passer le contrat. Les tiers n’ayant en aucun cas accès au recours de plein contentieux contre le contrat, le recours pour excès de pouvoir contre les actes détachables leur est ouvert, que l’acte attaqué soit antérieur ou postérieur à la passation du contrat.

A l’issue du recours pour excès de pouvoir, l’acte irrégulier est annulé. La règle générale, qui connaît cependant des exceptions, est que l’annulation de l’acte détachable n’entraîne pas directement la nullité du contrat. Ainsi, le contrat pourra continuer à produire ses effets dès lors que l’annulation de l’acte n’y fait pas obstacle. Cette solution s’explique logiquement par le fait que ce n’est pas le contrat qui est attaqué, mais un acte détachable donc à priori autonome. Si l’acte détachable a été annulé en raison d’un vice qui lui est propre, la nullité du contrat ne sera pas automatique. En revanche, si c’est le contrat même qui a été vicié par l’irrégularité de l’acte, il devra être déclaré nul. Les contractants disposent du recours de plein contentieux pour demander au juge la nullité du contrat s’il estime que celui-ci ne peut être maintenu suite à l’annulation de l’acte détachable. Les tiers, qui ne peuvent exercer de recours de plein contentieux contre le contrat, ont, depuis l’arrêt « Epoux Lopez » CE Sect. Du 7 octobre 1994, la possibilité de demander au juge d’astreindre l’administration à saisir le juge du contrat pour qu’il détermine si le contrat peut être maintenu ou doit être déclaré nul en conséquence de l’annulation de l’acte détachable.

Le recours pour excès de pouvoir n’est donc normalement pas dirigé directement le contrat, mais contre des actes unilatéraux détachables de celui-ci. A cette solution traditionnelle vient s’ajouter une nouvelle solution qui trouve son fondement à la fois dans la loi et dans la jurisprudence récente du Conseil d’Etat et qui consiste à admettre dans certains cas très précis le recours pour excès de pouvoir non plus contre des actes unilatéraux en marge du contrat, mais contre les clauses du contrat ou contre le contrat lui-même.

II - L’admission du recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif

Si les actes unilatéraux détachables du contrat peuvent faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir c’est parce qu’ils sont extérieurs au contrat, c’est-à-dire antérieurs ou postérieurs. La théorie de la détachabilité des actes du contrat administratif ne concerne donc pas le contenu même du contrat ; or, certaines clauses peuvent prendre la forme de « dispositions réglementaires » et produire des effets sur des tiers qui ne peuvent normalement exercer aucun recours contre le contrat. C’est dans ce contexte que le recours pour excès de pouvoir a été reconnu par la loi contre le contrat, et par la jurisprudence contre les clauses du contrat et contre le contrat lui-même (A). Et bien que récente et limitée, cette extension du champ d’action du recours pour excès de pouvoir a de multiples implications (B).

A - Le recours pour excès de pouvoir contre des clauses du contrat et contre le contrat lui-même.

La loi de décentralisation du 2 mars 1982 a instauré un mécanisme très proche du recours pour excès de pouvoir. Il s’agit du « déféré préfectoral » par lequel le préfet peut saisir le tribunal administratif contre les actes unilatéraux et les contrats des personnes publiques décentralisées. Cette solution venant directement de la loi, elle s’impose aux tribunaux qui ne pourront refuser d’examiner un déféré portant sur un contrat. Cependant, elle reste limitée car la saisine du juge administratif ne peut être faite que par le préfet, et non pas de manière générale par n’importe quel tiers ayant un intérêt à agir.

A côté de la solution établie par la loi, existent deux solutions jurisprudentielles. La première d’entre elles ressort de l’arrêt CE Ass. « Cayzeele » du 10 juillet 1996 qui admet que les tiers y ayant un intérêt légitime puissent attaquer les « dispositions réglementaires » d’un contrat administratif devant le juge de l’excès de pouvoir pour obtenir leur annulation. Le quatrième Considérant de l’arrêt « Cayzeele » se réfère ainsi clairement aux « dispositions » contenues dans le contrat, et non pas à ses « stipulations » : « les dispositions (…) ont un caractère réglementaire ; qu’elles peuvent, par suite, être contestées devant le juge de l’excès de pouvoir ». Formellement, les clauses attaquées sont contractuelles, car elles résultent de la rencontre des volontés des contractants, mais elle sont considérées comme ayant un caractère réglementaire en raison des effets qu’elles produisent, non seulement entre les parties, mais aussi pour les tiers au contrat.

La deuxième solution jurisprudentielle semble aller encore plus loin, puisqu’elle admet la possibilité d’un recours pour excès de pouvoir non pas contre une clause du contrat, mais contre le contrat lui-même. Cette solution provient de l’arrêt CE Sect. « Ville de Lisieux » du 30 octobre 1998. En l’espèce, le juge estime que le contrat liant l’administration à un de ses agents contractuels place ce dernier dans une situation proche de celle des fonctionnaires, c’est-à-dire dans une « situation réglementaire ». Dans ce contexte, le contrat est assimilable à un acte unilatéral et peut donc faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir : « eu égard à la nature particulière des liens qui s’établissent entre une collectivité publique et ses agents non titulaires les contrats par lesquels il est procédé au recrutement de ces derniers sont au nombre des actes dont l’annulation peut être demandée au juge administratif par un tiers y ayant un intérêt suffisant ». La portée de cet arrêt est néanmoins à nuancer : en l’absence de confirmation dans d’autres domaines, il est hasardeux bien qu’assez logique de penser que cette solution pourrait être étendue, voire généralisée, dans le futur.

B - Les implications de l’admission du recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif.

Si la loi de décentralisation a ouvert la voie au recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif, elle ne l’a fait que dans le cas très précis de l’action du préfet fondée sur ses pouvoirs de contrôle des actes administratifs pris par les autorités locales. De même, l’arrêt « Cayzeele » n’admet le recours pour excès de pouvoirs que contre certaines clauses du contrat, et l’arrêt « Ville de Lisieux » contre certains contrats très ciblés, les contrats de recrutement d’agents publics. L’admission du recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif n’est donc pas encore généralisée en droit français, et le principe général reste celui de la distinction entre le recours de plein contentieux destiné à juger le contrat et le recours pour excès de pouvoir destiné à juger l’acte unilatéral.

L’arrêt « Cayzeele », qui admet que des dispositions réglementaires du contrat peuvent faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir, trouve sa portée limitée par le fait que le contrat dans son ensemble ne puisse pas faire l’objet d’un tel recours. En effet, le juge administratif devra rejeter les demandes d’annulation limitées à une partie d’un acte administratif dès lors que les dispositions de cet acte ne sont pas séparables les unes des autres. Ainsi, pour que le principe posé par l’arrêt « Cayzeele » se développe, il faudrait soit admettre que les dispositions réglementaires d’un contrat sont automatiquement séparables du contrat lui-même, soit généraliser la jurisprudence « Ville de Lisieux » en admettant la recevabilité du recours pour excès de pouvoir contre tous les types de contrats.

Or, la généralisation de la solution apportée par l’arrêt « Ville de Lisieux » pour les contrats de recrutement d’agents publics à tous les autres contrats administratifs est, en l’état actuel de la jurisprudence, difficile à envisager. En effet, les tribunaux administratifs continuent de rejeter les demandes d’annulation de contrats administratifs autres que ceux de recrutement d’agents publics formulées par des tiers dans le cadre d’un recours pour excès de pouvoir eu égard à « la matière contractuelle ».

Cette réticence du juge de l’excès de pouvoir de juger la matière contractuelle pose d’un côté un problème quant à l’appréciation de la légalité des contrats administratifs, mais garantit d’un autre côté le principe des engagements basés sur l’autonomie de la volonté. En effet, selon une partie de la doctrine, la réticence du juge administratif à accepter la généralisation du recours pour excès de pouvoir contre le contrat entre en contradiction avec les pouvoirs étendus qu’il dispose quant à l’appréciation de la légalité des actes unilatéraux. Ainsi, alors que tous les actes unilatéraux faisant grief sont susceptibles de faire l’objet d’un contrôle de légalité, les contractants pourront en partie s’affranchir de cette légalité qui ne pourra être contrôlée par le juge administratif sur demande des tiers. Néanmoins, en matière contractuelle c’est le principe de l’autonomie de la volonté qui fonde la force obligatoire entre les parties des clauses du contrat. Dans cette optique, admettre la généralisation d’un contrôle objectif de légalité des contrats serait nier l’origine et la spécificité des obligations des parties nées des stipulations contractuelles.

• 3056 mots • #droit public
10 Mars 2005 Arrêt Kress c/ France

COMMENTAIRE de l’arrêt CEDH Kress c/ France du 7 juin 2001

Télécharger le texte de l’arrêt Kress(PDF, 447Ko)

L’arrêt Kress était attendu avec impatience par le Conseil d’Etat pour savoir si la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) allait remettre en cause l’institution de commissaire du gouvernement en appliquant sa jurisprudence traditionnelle sur l’interprétation de l’article 6§1 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme à la lumière de la « théorie de l’apparence ».

Marlène Kress est une citoyenne française née en 1941 à Strasbourg. En 1986 elle subit une intervention chirurgicale suite à laquelle elle fut victime d’accidents vasculaires qui entraînèrent une invalidité physique évaluée à 90%, et d’une brûlure à l’épaule causée par le renversement d’un liquide bouillant. Le médecin expert nommé par le tribunal administratif de Strasbourg conclut à l’absence d’erreur médicale. En 1987, Mme. Kress introduisit un recours devant le tribunal administratif pour l’indemnisation de son préjudice. Le tribunal rendit son jugement en 1991, n’indemnisant que le dommage résultant de la brûlure. Mme. Kress fit appel de cette décision devant la cour d’appel administrative de Nancy en 1993 ; le recours fut rejeté et la requérante forma un pourvoi devant le Conseil d’Etat. Le Conseil d’Etat rejeta le pourvoi le 30 juillet 1997.

Mme. Kress, ayant épuisé toutes les voies de droit internes, amena l’affaire devant la CEDH. Elle invoqua pour cela quatre moyens sur le fondement de l’article 6§1 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme visant à montrer que la procédure devant le Conseil d’Etat n’offrait pas les garanties suffisantes au respect des principes d’impartialité, du contradictoire et de l’égalité des armes. Premièrement, les conclusions du commissaire du gouvernement du Conseil d’Etat ne lui ont pas été communiquées préalablement. Deuxièmement, l’opportunité de répondre aux conclusions du commissaire du gouvernement ne lui a pas été offerte. Troisièmement, le commissaire du gouvernement, s’étant prononcé pour le rejet du pourvoi, s’est retiré avec les autres juges et a participé aux délibérés avec la possibilité de défendre sa thèse dans le secret et à l’abris du principe du contradictoire. Quatrièmement, la longueur de la procédure (plus de 10 ans) est excessive.

La requérante s’appuie sur l’article 6§1 établissant que « Toute personne a droit à ce que sa cause doit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ». Cet article ne faisant nullement mention du contentieux administratif, il était légitime de se demander dans quelle mesure la CEDH allait appliquer sa jurisprudence traditionnelle en l’espèce.

La jurisprudence de la CEDH trouve son fondement dans la « théorie de l’apparence » (ou « des apparences ») selon laquelle le principe d’impartialité est poussé à son extrême. Est impartial le tribunal qui non seulement ne manifeste aucun parti pris (impartialité subjective) et offre toutes les garanties procédurales (impartialité objective), mais ne laisse en outre aucun doute quant à son impartialité, même en apparence. La théorie de l’apparence peut donc être résumée par l’adage anglais « justice is not only to be done, but to be seen to be done ».

La CEDH a posé les bases de la jurisprudence sur la théorie de l’apparence dans deux grands arrêts : l’arrêt « Borgers c/ Belgique » du 30 octobre 1991, et l’arrêt « Vermeulen c/ Belgique » du 20 février 1996. Le premier s’appliquait au procureur général dans un procès pénal, et le second à l’avocat général dans un procès civil. Si l’arrêt « Kress c/ France » du 7 juin 2001 marque l’application de la jurisprudence de la théorie de l’apparence à la juridiction administrative, cette application n’est-elle pas néanmoins moins rigoureuse que dans les affaires précédentes ? Ne condamnant pas la France sur les deux premiers moyens, la CEDH n’a pas rejeté tous lesarguments présentés par le Conseil d’Etat (I) et a assoupli sa jurisprudence traditionnelle (II).

I - Les arguments du Conseil d’Etat pour sauvegarder l’institution de commissaire du gouvernement

Le Conseil d’Etat est une institution séculaire, créée il y a plus d’un siècle et dont l’influence sur le droit français a été depuis lors considérable. Il fut le moteur de la construction de la juridiction administrative, de sa spécificité et de son autonomie par rapport au droit commun. En droit administratif comme dans aucune autre branche du droit, l’influence de la jurisprudence sur la création des normes a été prépondérante puisque devant l’insuffisance de l’intervention du législateur dans ce domaine, le Conseil d’Etat a dû fixer les grandes règles et poser les principes, notamment les « principes généraux du droit », qui encadrent l’action de l’administration. Si les juges administratifs sont tellement attachés à l’institution du commissaire du gouvernement, c’est que ses conclusions ont bien souvent permis au Conseil d’Etat de développer et de moderniser sa jurisprudence tout en conservant sa cohérence. On ne peut par exemple nier l’importance du « Code Romieu » ou des conclusions de Léon Blum posant les bases du principe de mutabilité du contrat administratif. Il est donc naturel que la France soutienne devant la CEDH que le rôle du commissaire du gouvernement, spécificité du contentieux administratif français (A), ne méconnaît pas les principes du contradictoire et de l’égalité des armes (B).

A - L’institution de commissaire de gouvernement est une spécificité française…

Le Conseil d’Etat se trouvait déjà menacé avant l’arrêt Kress par l’évolution de la jurisprudence de la CEDH consacrant la théorie de l’apparence et imposant son respect devant les juridictions pénales et civiles. Il a ainsi pu mettre au point par anticipation les arguments à opposer à la Cour européenne dans l’arrêt « Esclatine » du 29 juillet 1998. La France a repris ces arguments dans l’affaire Kress et les a invoqués devant la CEDH, après avoir rappelé à la Cour que la spécificité du contentieux administratif, du Conseil d’Etat français, et de l’institution du commissaire du gouvernement faisait obstacle à l’application de sa jurisprudence habituelle.

1 - Légitimation historique et spécificité du contentieux administratif français.

L’argumentation de la France suit deux étapes. Dans un premier temps, il est rappelé à la Cour que le Conseil d’Etat est une institution séculaire à laquelle les français sont habitués et qui est sans aucun doute indispensable à la bonne marche de la justice. Dans un second temps, la France soutient que la jurisprudence de la CEDH n’a encore jamais été appliquée dans le même contexte que celui de l’affaire Kress ; et qu’elle ne serait de toute façon pas applicable au Conseil d’Etat français eu égard à sa spécificité.

Le Conseil d’Etat est l’organe suprême de la juridiction administrative française, il apparut en 1799 dans l’article 52 de la Constitution du 22 frimaire an VIII. Il est évident que cette institution séculaire est bien ancrée dans le système juridique français, et son importance, comme celle de ses commissaires du gouvernement déjà évoquée, n’est plus à remettre en question. C’est justement parce que le Conseil d’Etat est le garant du contrôle du pouvoir juridictionnel sur le pouvoir exécutif, concrétisant ainsi le principe de séparation des pouvoirs énoncé par Montesquieu et ayant servi de base à l’organisation politique de l’Etat français depuis la Révolution de 1789, qu’il n’est pas concevable que l’impartialité du commissaire du gouvernement, non pas en tant que personne physique mais en tant qu’institution, soit mise en doute.

La jurisprudence de la CEDH consacrant la théorie de l’apparence n’avait, avant l’arrêt Kress, jamais été appliquée à une juridiction administrative. En effet, la CEDH rappelle elle-même que l’« arrêt Borgers (…) concernait le rôle de l’avocat général devant la Cour de cassation dans une procédure pénale » et que l’arrêt « Vermeulen » avait « trait à des procédures civiles ou à connotation civile ». Il existe donc une différence substantielle entre ces arrêts et l’arrêt Kress, car premièrement les juridictions judiciaires ne sont pas comparables aux juridictions administratives, et deuxièmement la nature organique et le rôle du commissaire du gouvernement dans un contentieux administratif sont très différents du rôle et de la nature organique de l’avocat général dans un procès civil et du procureur général dans un procès pénal.

La juridiction administrative présente une particularité dans sa nature même qui la rend différente des juridictions judiciaires. Le contentieux attribué à la juridiction administrative implique des personnes publiques, des administrations. Il serait dans ce contexte inconcevable que le commissaire du gouvernement, à l’instar d’un procureur, soit partie à la procédure et prenne position en tant que tel pour l’une ou l’autre des thèses présentées au tribunal. Mais le commissaire du gouvernement n’est « pas partie à la procédure, ni l’adversaire de quiconque », son rôle se limite à agir « dans l’intérêt général ou pour assurer l’unité de la jurisprudence ».

D’un point de vue fonctionnel, le commissaire du gouvernement est donc différent de l’avocat général ou du procureur général. Il en découle que la jurisprudence traditionnelle de la CEDH n’est pas automatiquement applicable à cette institution. Mais la France ne se limite pas à cette argumentation, elle affirme également que le commissaire du gouvernement est spécifique d’un point de vue organique ou statutaire : il est un juge à part entière.

2 - Le commissaire du gouvernement est un juge à part entière.

Le commissaire du gouvernement est un conseiller d’Etat. Or, un conseiller d’Etat peut être juge dans une affaire et commissaire du gouvernement dans une autre. Il n’existe en effet dans la juridiction administrative française « aucune distinction entre siège et parquet », et le commissaire du gouvernement se trouve dans la même situation que le magistrat rapporteur, « sauf qu’il s’exprime publiquement mais ne vote pas ».

Les juges chargés de rendre l’arrêt ne peuvent pas faire part de leur opinion publiquement et plus généralement en dehors de leurs délibérés. Ces délibérés doivent obligatoirement rester secrets, ce qui est une condition nécessaire au maintient du principe d’impartialité. S’il est impossible de savoir qu’un juge est favorable au rejet d’un pourvoi, il est impossible de l’influencer pour l’amener à accepter ou rejeter ce pourvoi. Par conséquent si les juges votant la décision finale de la Cour n’ont pas le droit de révéler hors délibérations leur opinion sur l’affaire, à l’inverse le commissaire du gouvernement, puisque son rôle consiste justement à exposer publiquement sa thèse, ne doit pas pouvoir voter la décision du tribunal.

Partant du postulat selon lequel le commissaire du gouvernement est un juge à part entière, la France soutient dans une interprétation audacieuse de l’arrêt « Vermeulen » de la CEDH rendu le 20 février 1996, que dès lors que le respect du principe du contradictoire ne concerne que les « pièces ou observations » présentées au juge par une partie ou par un tiers à l’exclusion de celles présentées par un autre membre de la collégialité, cette jurisprudence ne s’applique pas à lui. L’argument du Conseil d’Etat présenté dans l’arrêt « Esclatine » du 29 juillet 1998 selon lequel le commissaire du gouvernement « participe à la fonction de juger dévolue à la juridiction dont il est membre » et que « l’exercice de cette fonction n’est pas soumis au principe du contradictoire applicable à l’instruction » est donc ici repris par la France devant la CEDH.

La spécificité tant « organique que fonctionnelle » de l’institution du commissaire du gouvernement sert donc de base à l’argumentation générale de la France devant la CEDH tendant à montrer que la jurisprudence habituelle de la Cour européenne n’était pas applicable en l’espèce. Cette argumentation se poursuit ensuite pour contrer les deux moyens présentés devant la Cour selon lesquels les parties n’ont pas eu connaissance des conclusions du commissaire du gouvernement, et n’ont pas pu y répondre, et pour montrer que l’institution ne va à l’encontre ni du principe d’égalité des armes ni du principe du contradictoire.

B - …qui ne va pas à l’encontre des principes du contradictoire et de l’égalité des armes

Parmi les quatre moyens présentés à la Cour par la requérante Mme. Kress, figurent les moyens selon lesquels la procédure devant le Conseil d’Etat va à l’encontre du principe d’égalité des armes car les conclusions du commissaire du gouvernement ne lui ont pas été communiquées avant la décision du tribunal, et à l’encontre du principe du contradictoire car, n’ayant pas eu connaissance de ces conclusions, elle n’a pu leur opposer aucun argument.

1 - Le respect du principe d’égalité des armes.

Le principe d’égalité des armes suppose que le « traitement » réservé aux parties ne sera pas inégalitaire, que les mêmes « armes » seront données aux parties pour se défendre.

En l’espèce, Mme. Kress soutenait devant la Cour qu’elle n’avait pas pu prendre connaissance des conclusions du commissaire du gouvernement, et que de ce fait elle était privée d’une opportunité de se défendre ; en découle selon elle une violation du principe d’égalité des armes. En outre, la CEDH avait établi dans l’arrêt Vermeulen rendu en 1996 que le droit à un procès équitable « implique en principe la faculté pour les parties à un procès, pénal ou civil, de prendre connaissance de toutes pièces ou observations présentées au juge, même par un magistrat indépendant, en vue d’influencer sa décision, et de la discuter ».

Le contre-argument avancé par la France pour faire échec au moyen est qu’il n’y a pas violation du principe d’égalité des armes dès lors qu’aucune des parties à l’instance n’a connaissance préalable des conclusions du commissaire du gouvernement. Il s’agit encore une fois d’une idée développée par le Conseil d’Etat dans l’arrêt Esclatine de 1998 : « Pas plus que la note du rapporteur ou le projet de décision, les conclusions du commissaire du gouvernement –qui peuvent d’ailleurs ne pas être écrites- n’ont à faire l’objet d’une communication préalable aux parties, lesquelles n’ont pas davantage à être invitées à y répondre ».

2 - Le respect du principe du contradictoire.

Pour la France, s’il est légitime que les parties n’aient pas connaissance préalable des conclusions du commissaire du gouvernement, il est logique qu’elles ne puissent pas y répondre. Cependant, dans la mesure où les conclusions du commissaire du gouvernement sont orientées vers le rejet ou l’acceptation du pourvoi, c’est-à-dire en faveur d’une partie et en défaveur de l’autre, le fait que les parties n’aient pas l’opportunité de présenter leurs arguments en réponse à ces conclusions constitue une violation du principe du contradictoire. C’est sur ce raisonnement, développé par la CEDH dans les arrêts Borgers et Vermeulen, que s’appuie Mme. Kress.

Le principe du contradictoire implique que chaque partie puisse présenter ses arguments en réponse à chaque argument avancé contre elle par la partie adverse. En l’espèce, Mme. Kress aurait du pouvoir « parler en dernier » et répondre aux conclusions du commissaire du gouvernement.

La France estime néanmoins que la procédure devant le Conseil d’Etat offre une possibilité aux parties de répondre aux conclusions du commissaire du gouvernement. Les parties peuvent en effet déposer une note en délibérés, écrit contenant leurs observations en réponse aux conclusions et qui doit être pris en compte par les juges. Mme. Kress a d’ailleurs fait usage de ce droit. De plus, la procédure offre une autre garantie du principe du contradictoire puisque dès lors que le commissaire du gouvernement invoque oralement pendant l’audience un moyen non soulevé par les parties, le président de la formation de jugement pourra ajourner l’audience pour permettre aux parties de préparer leur défense. Pour ces raisons, la France soutient que la procédure devant le Conseil d’Etat offre des garanties suffisantes et ne va pas à l’encontre du principe du contradictoire.

La France, après avoir exposé les raisons pour lesquelles elle estimait que les jurisprudences Borgers et Vermeulen de la CEDH n’étaient pas applicables en l’espèce, a démontré que la procédure devant le Conseil d’Etat et l’institution de commissaire du gouvernement ne contrevenaient pas aux principes de l’égalité des parties et du contradictoire. Cette double argumentation ne convainquit cependant pas totalement la CEDH qui fit une fois de plus application de sa théorie de l’apparence.

II - Une application assouplie de la théorie de l’apparence par la Cour

La CEDH n’a pas totalement accepté l’argumentation de la France en défense de l’institution de commissaire du gouvernement. En effet, elle applique une fois de plus la théorie de l’apparence pour exiger de la France que l’impartialité dans le contentieux administratif soit garantie de manière absolue, c’est-à-dire non seulement objectivement mais aussi dans les apparences. Néanmoins, il est possible de considérer que la solution adoptée par la CEDH est, en un certain sens, complaisante à l’égard du Conseil d’Etat. C’est peut-être parce qu’elle ne pouvait pas, selon l’avis de certains commentateurs de cet arrêt, maintenir une jurisprudence si ferme et avec de telles implications contre le Conseil d’Etat français, au risque d’atteindre cette institution dans son essence même, sans perdre sa légitimité. Toujours est-il que la Cour a fait preuve d’indulgence, car bien qu’elle rejette sur le de fondement la théorie de l’apparence certains des arguments avancés par la France (A), elle assouplit sa jurisprudence traditionnelle en ne faisant pas une application démesurée de cette théorie (B).

A - Une application de la théorie des apparences conforme à la jurisprudence antérieure.

Tout comme l’argumentation de la France qui suivait deux étapes, premièrement la jurisprudence classique de la CEDH n’est pas applicable au Conseil d’Etat eu égard à sa spécificité, et deuxièmement la procédure devant le Conseil d’Etat ne va pas à l’encontre des principes du contradictoire et de l’égalité des armes, la réponse de la Cour à ces arguments se déroule en deux temps. Pour pouvoir se prononcer sur les moyens invoqués par Mme. Kress, la Cour démontre que la spécificité du Conseil d’Etat, qui est indéniable, ne fait pas obstacle à l’application de la théorie de l’apparence et de sa jurisprudence Borgers et Vermeulen.

1 - La spécificité du Conseil d’Etat ne fait pas obstacle à l’application de la jurisprudence traditionnelle de la CEDH.

La Cour rappelle avec ironie que tous les pays condamnés par elle sur le fondement de la théorie de l’apparence et en application des jurisprudences Borgers et Vermeulen « se sont attachés à démontrer (…) que, dans leur système juridique, leurs avocats généraux ou procureurs généraux étaient différents du procureur général belge, tant du point de vue organique que fonctionnel », mais que malgré cela elle a toujours préservé la cohérence de sa jurisprudence en appliquant la théorie de l’apparence sans tenir compte de ces différences. Il est donc clair qu’une fois de plus c’est à cette théorie qu’elle aura recours pour condamner la France.

La Cour détruit par une argumentation implacable l’argument français selon lequel le commissaire du gouvernement est un juge à part entière. Le postulat de départ est qu’un véritable juge doit voter aux délibérés : « un juge ne saurait, sauf à se déporter, s’abstenir de voter ». Le commissaire du gouvernement ayant un droit de parole mais pas de vote pendant les délibérés n’est donc pas un véritable juge. En outre, puisque le secret des délibérés est applicable aux juges, il est « difficile d’admettre qu’une partie des juges puisse exprimer publiquement leur opinion et l’autre seulement dans le secret du délibéré ».

Le commissaire du gouvernement n’étant pas considéré comme un véritable juge par la Cour l’argument de la France, selon lequel le principe du contradictoire ne s’applique pas à ses conclusions puisqu’il ne s’applique pas aux « pièces et observations » présentées à un juge par un autre juge, n’est plus acceptable. Le principe du contradictoire doit donc s’appliquer pleinement aux conclusions du commissaire du gouvernement.

2 - L’application de la théorie de l’apparence pour sanctionner la participation du commissaire du gouvernement aux délibérés.

La véritable condamnation de la France pour méconnaissance de l’article 6§1 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme intervient sur la participation du commissaire du gouvernement aux délibérés qui est jugée contraire au principe d’impartialité par la Cour. La CEDH, sans mettre en doute « l’impartialité subjective ou l’indépendance » du commissaire du gouvernement, estime que son rôle au cours de la procédure est de nature à faire naître des doutes sur son impartialité chez « un justiciable non rompu aux arcanes de la justice administrative ».

En effet, le commissaire du gouvernement soutient dans ses conclusions une thèse personnelle, qui n’est pas forcément la thèse du tribunal, mais qui est le plus souvent favorable à une partie et défavorable à l’autre ; il passera donc auprès d’une partie comme un « allié » et comme un « adversaire » auprès de l’autre partie. Le justiciable ayant vu et entendu le commissaire du gouvernement expliquer pourquoi il considérait que son pourvoi devait être rejeté, s’il ne connaît pas le fonctionnement de la justice administrative, peut éprouver un « sentiment d’inégalité » quand il le verra se retirer avec les autres juges pour délibérer. Le commissaire du gouvernement, même s’il ne le fait pas, peut influencer les autres juges pour qu’ils se prononcent en faveur de sa thèse, et cela dans le secret des délibérés à l’abris du principe du contradictoire.

L’institution de commissaire du gouvernement présente donc une « apparence de partialité », et c’est pour cela que la Cour, estimant que « la sensibilité accrue du public aux garanties d’une bonne justice justifiait l’importance croissante attribuée aux apparences », a déclaré qu’il y avait eu violation sur ce point de l’article 6§1 de la Convention.

La CEDH, ne souhaitant pas se heurter de front au Conseil d’Etat en faisant une application trop rigoureuse de sa jurisprudence antérieure n’a cependant pas fait prévaloir la théorie de l’apparence sur tous les arguments présentés par la France. Elle a ainsi assoupli sa jurisprudence en rejetant les moyens selon lesquels la non-communication préalable des conclusions du commissaire du gouvernement et l’impossibilité faite aux parties d’opposer leurs arguments à ces conclusions vont à l’encontre des principes d’égalité des armes et du contradictoire.

B - Un assouplissement de la jurisprudence traditionnelle.

La Cour a fait preuve d’une certaine bienveillance à l’égard du Conseil d’Etat en ne condamnant pas la France sur tous les moyens présentés par Mme. Kress. Pour les moyens précités, elle a en effet estimé que même si la théorie de l’apparence n’était pas respectée, des « garanties procédurales suffisantes » étaient offertes aux parties. La raison de cette décision dépasse cependant la sphère juridique pour entrer dans la sphère politique, puisqu’elle a été adoptée pour ne pas « gommer » les spécificités du commissaire du gouvernement, institution considérée en France comme essentielle.

1 - Le rejet des deux moyens sur la connaissance et le droit de réponse aux conclusions du commissaire du gouvernement.

La Cour accepte l’argument du Conseil d’Etat selon lequel Mme. Kress ne peut invoquer une violation du principe d’égalité des armes du fait de la non-communication des conclusions du commissaire du gouvernement puisque ces conclusions n’ont été communiqués à aucune des parties. Elle a également accepté l’argument selon lequel la note en délibérés que les parties peuvent présenter en réponse aux conclusions est une garantie procédurale suffisante.

Cependant, c’est bien l’existence de ces garanties procédurales qui a déterminé la Cour à rejeter ces moyens, et non pas l’impartialité du commissaire du gouvernement. Si encore une fois son impartialité subjective n’est pas mise en doute, la Cour estime que la théorie de l’apparence n’est pas respectée en ce que la procédure ne donne pas « l’impression » d’offrir toutes les garanties exigibles.

2 - La volonté de la Cour de ne pas dénaturer l’institution du commissaire du gouvernement.

Il est évident que la note en délibérés n’offre pas toutes les garanties exigées par la théorie de l’apparence et ne suffit pas en elle même à garantir le principe du contradictoire, mais comme le soulignent trois juges de la CEDH elle « peut cependant y contribuer ». C’est dans cette optique que l’arrêt Kress a été rendu, puisqu’il apparaît clairement que la Cour a voulu assouplir la jurisprudence Vermeulen afin d’éviter que son strict respect implique, au nom de la théorie de l’apparence, la suppression des spécificités du commissaire du gouvernement.

Une partie de la doctrine interprète ainsi la décision de la CEDH comme un examen « au-delà des apparences » pour que l’idée selon laquelle les tribunaux doivent présenter toutes les garanties nécessaires pour inspirer une entière confiance aux justiciables ne mette pas en péril une organisation juridictionnelle organisée et fonctionnant bien. Une autre partie de la doctrine considère à l’inverse que la Cour a une fois de plus poussé trop loin la théorie de l’apparence, estimant qu’il n’est pas nécessaire de remettre en cause les spécificités nationales dès lors qu’elles « remplissent leurs obligations au regard des exigences conventionnelles ».

Toujours est-il que, même si l’apport de l’arrêt Kress est important puisqu’il conforte les bases d’une jurisprudence bien assise tout en l’assouplissant, il est légitime de se demander s’il produira tous ses effets sur l’organisation de la juridiction administrative, les Etats préférant de manière générale être condamnés et payer des indemnités que changer leurs législations.

• 4186 mots • #droit public #droits fondamentaux
10 Fév 2005 Sondage débile à base d'iPod Shuffle

Le site IpodG (http://www.ipodgeneration.com/) propose un sondage à l’occasion de la sortie de l’iPod Shuffle. Je n’aime pas ce sondage, aucune réponse ne me convient, et j’explique pourquoi.

  • Je vais enfin pouvoir m'offrir un iPod

Non, j’ai déjà deux iPod. Un iPod 2G de 10GO et un iPod 3G de 20 GO.

  • Il sera un très bon compagnon pour mon iPod actuel

Non, pas du tout. L’iPod Shuffle ne mériterait pas de s’appeler iPod. D’abord il s’agit d’un lecteur flash et non pas d’un disque dur. C’est à dire qu’on le branche sur le port USB du mac ou du PC et on y balance la musique. Et très peu de musique car l’espace de stockage est vraiment minime. Ensuite, ce n’est pas la même façon de penser, le flash c’est pour les lamers ;) ça n’a strictement aucun avantage par rapport au stockage sur disque dur (si, peut être, le poids de l’engin ?). L’iPod chouffleur stocke très peu de musique, je viens de le dire. J’ai acheté un iPod pour stocker toute ma musique, pas pour devoir le brancher à l’ordi à chaque fois que je veux changer de CD. Non mais imaginez, avant vous vous promeniez avec votre lecteur CD ou cassette, et 2 ou 3 CD ou cassette pour changer un peu. Maintenant vous devez vous balader avec votre ordinateur à la main si vous voulez changer de musique. C’est super en pleine rue de sortir le portable pour changer de chanson… bravo l’idée ! Et puis cette merde de shuffle n’a même pas d’écran… tain autant revenir aux micro-sillons sérieux si on peut pas afficher le nom du morceau sur un écran, et si on ne peut pas savoir à l’avance quel sera le prochain morceau. C’est de la musique full random, comment on fait si on a envie d’écouter un morceau précis à un moment donné ?? Ben on peut pas :x ah si, pardon, je suis con lolilol, il faut sortir l’ordi, tout vider le shuffle, et n’uploader que le morceau désiré … fear…

  • Jamais je n'achèterais un iPod

Si, je viens de dire que c’est déjà fait.

  • J'ai déjà un lecteur MP3 donc ce sera pour la prochaine fois

Vous avez déjà demandé si j’avais un iPod, j’en déduis que cette réponse vaut dans le cas où mon lecteur MP3 n’est pas un iPod, ok. Autre que iPod ? Jamais de la vie. Les autres sont moches, flash pour la plupart, non ergonomiques, pas facilement synchronisables, MOISIS ! Vive l’iPod classique, tout con, c’est tout ! La prochaine fois, ça sera un iPod 5G. Voilà.

  • J'ai un lecteur MP3 flash d'une autre marque, mais je craque

On se répète là… j’aime pas les lecteurs flash, j’aime pas les autres marque, j’aime pas le shuffle et si j’en ai un entre les mains c’est clair que je le craque !!

  • Mettez-m'en une demi-douzaine !

Clair que pour arriver au tiers de la musique que je stocke sur mon iPod, il faudrait une demi-douzaine d’iPod shuffle mdr ;-)

Maintenant, la question absente de ce sondage si pourri que j’aurais choisie:

  • J'ai déjà un iPod, et je n'ai pas l'intention d'acheter cette daube de shuffle.

Vous trouvez pas qu’il est un peu partisan shuffle ce sondage ? Non mais sans dec ils ont même pas pensé qu’on puisse ne pas aimer ce truc et préférer le VRAI iPod…

à Paris le 10/02/2005

Suite à certaines remarques :
PS : les gros débiles qui répondent en citant l’iPod Nano et l’iPod Touch à l’affirmation «un iPod à mémoire Flash n’est pas un iPod» devraient apprendre à lire, particulièrement la ligne ci-dessus qui indique la date de rédaction de l’article (du temps du premier iPod shuffle, tout pourri, et bien avant l’apparition du Nano et du Touch).
PPS : pour ceux-là encore qui ne comprendraient pas le 2nd degré… bah, désolé pour vous.

• 665 mots • #hardware #apple
7 Fév 2005 Aperçu World Of Warcraft

World Of Warcraft, WOW pour les intimes, est le plus gros MMORPG de l’histoire des MMORPG. Un MMORPG est, comme l’indique la dénomination Massively Multiplayer Online Role Playing Game, un jeu de rôle basé sur un univers persistant et jouable exclusivement sur internet. Fini les jeux informatiques où un joueur humain affronte l’ordinateur, les MMORPG permettent aux joueurs humains d’affronter d’autres joueurs humains dans un univers persistant qui ne cesse pas d’exister quand vous éteignez votre ordianteur. Wow est du style médiéval: vous incarnez un personnage dessiné à l’écran qui tape des bestioles pour progresser, puis va affronter des ennemis incarnés par d’autres personnages joués par des humains aux quatre coins du monde. En même temps, vous voyagez dans un monde très vaste (pour que votre personnage en fasse le tour, cela prendra des dizaines d’heures !) et bavardez avec vos amis en ligne. WOW est un jeu Blizzard dans la lignée de la celèbre trilogie Warcraft. Son lancement a été attendu dans le monde entier avec impatience. Il est sorti il y a 2 mois aux USA, et a déjà plusieurs centaines de milliers de joueurs répartis sur plusieurs dizaines de serveurs. Il sortira le 11 février en France (vendredi matin, je serai à la Fnac pour l’acheter !) et entrera en concurrence directe avec les ténors de la catégorie, dont le fameux Dark Age Of Camelot auquel j’ai tant joué. Un évènement tant attendu par moi et par des milliers d’autres internautes français mérite un article complet. Voici donc un article très complet à ce sujet, issu du forum d’une guilde DAOC.

Test de World Of Warcraft

Introduction

J’ai testé la World Of Wracraft lors de l’open beta US, pendant une semaine, et je le teste depuis une semaine dans le cadre de l’open beta EU. J’ai du télécharger deux fois un client de 2,5 GO et m’incrire deux fois sur le site de Blizzard pour avoir un clef publique d’activation du compte. Pendant le beta US j’ai monté une paladine humaine au niveau 15, en découvrant réellement le jeu. Mon premier personnage dans la beta EU fut une guerrière humaine que j’ai monté jusqu’au niveau 15, dans les mêmes zones que celles qu’avait arpenté ma paladine, donc sans réel changement. Puis j’ai créé une chasseresse elfe (actuellement lvl 20) pour changer un peu, car le gameplay des tanks me lassait. J’ai adoré le personnage de chasseur en PVE, par contre il m’a déçu en PVP. J’ai pu essayer les crafts, les voyages à dos de griffon, différentes techniques de combat, les groupes et les raids (concept exclusif de WOW), le repos à l’auberge, le système de bind et de mort, les quêtes, etc.

D’autre part je connais très bien DAoC, hormis la nouvelle extension New Frontiers, pour y avoir joué pendant plus de 3 ans en tant que harcore gamer. Pour ceux qui voudraient passer de DAoC à WOW, je vous propose donc d’exposer mon point de vue. Je préviens à l’avance, c’est subjectif car je considère DAoC comme le meilleur MMORPG actuellement sur le marché, et même si depuis 6 mois je n’ai plus le temps ni l’envie de passer 8H par jour en no-life devant ce jeu, je le considère encore comme mon préféré. Cependant, WOW est attrayant, même si cet attrait est certainement dû au fait que je le découvre en tant que newbie, sans être blasée par 3 ans de pratique. De plus, je suis loin d’avoir tout vu dans WOW, du haut de mon lvl 20, mais je pense qu’avec mon assez longue expérience des MMORPG, j’ai pu cerner les grands points faibles et les grands points forts assez justement.

Les premiers niveaux et les “spé”.

La différence majeure entre DAoC et WOW sur ce point est qu’alors que jusqu’au niveau 5 dans DAoC le personnage n’a pas de véritable classe, dans WOW la classe définitive est à choisir dès l’écran de création du personnage. On a le choix entre quelques classes par race (5 ou 6, pas plus). De manière générale, il y a beaucoup moins de classes que dans DAoC. Il y a également moins de races, et un royaume de moins (puisque dans WOW, c’est Horde vs. Alliance).

Tout content avec le personnage niveau 1, on apparaît devant un PNJ avec un beau point d’exclamation jaune au dessus de la tête. Frénétiquement, on clique dessus. Il nous propose alors d’aller occire quelques mobs lvl 1 aux alentours. Tout comme dans DAoC, c’est très facile, il suffit de taper à la chaîne et de ramasser ce que les mobs drop, pas besoin de se soucier de la barre de vie ou de mana, à ce niveau là ça régénère très vite. On tue donc les 10 ou 15 mobs que le PNJ voulait voir morts, et on lui rapporte les dépouilles pour valider la quête. On peut voir la progression de la tuerie dans le journal de quêtes qui affiche joyeusement un “Petit scarabé débile 3/10” ou “Sale chat des goutières 8/15” (là, je parodie un peu…). Une fois cela terminé, on est déjà passé lvl 2, et le PNJ a maintenant un point d’interrogation jaune sur la tête. Autant le dire tout de suite: point d’exclamation jaune, quête à offrir; point d’exclamation gris, quête à offrir dans quelques niveaux; point d’interrogation jaune, quête terminée; point d’interrogation gris, quête en cours. Le PNJ est bien heureux de nos prouesses, alors il nous file joyeusement de l’XP. Il remplit direct la moitié de la barre du niveau 2 et offre sans plus attendre une nouvelle quête du même genre. Il faut s’y faire, dans WOW l’xp se gagne comme ça, avec des kill tasks et des quêtes rapides.

On continue en faisant des kill task jusqu’au niveau 4 ou 5 avant de se dire qu’un petit entrainement ne ferait pas de mal. On va alors voir son trainer (comme dans DAoC, un PNJ dans un ville, etc) qui -le fourbe!- fait payer chaque nouvelle compétence. Si on regarde attentivement, on verra qu’il y a 3 arbres de compétences. Ce n’est pas comme les 3 spé possibles de DAoC (un Eldritch spé void ou moon ou sun), les spé de WOW sont cumulatives. Des compétences dépendent de chacune des spé, et on ne peut pas choisir, le jeu nous donne les spé au fil de l’évolution du personnage. Il n’y a pas de template de spé dans WOW. On remarquera aussi que les spé sont un peu comme celles des mages ou healers dans DAoC: c’est toujours les mêmes comps qui reviennent, mais de plus en plus puissantes. Comme dans DAoC, il y a des comps “bonus” que l’on ne peut obtenir qu’une fois, et à un niveau donné: par exemple Ambidextrie au niveau 20 permet de… faire un zerk - niark- !

Les templates

Puisque je parle de compétences et de template, je reviens plus en détails sur ce que je viens de dire: en fait il y a des templates dans WOW, mais pas des templates de compétences. A partir du niveau 10, on gagne 1 point de “skill” (ou “talent”) à chaque niveau. On peut alors le placer dans un des 3 arbres de compétences au choix. Ces arbres ont des niveaux: pour passer au niveau 2, il faut par exemple mettre 5 points dans le niveau 1. Attention donc de ne pas mettre des points un peu partout, sinon le perso restera dans les bas niveaux de chaque arbre, et ne sera pas optimisé. Il faut choisir ce que l’on veut faire de son perso pour utiliser ces arbres. Par exemple, sur ma chasseresse j’ai un arbre me permettant de me renforcer au CaC et de taper plus fort, un arbre orienté vers le contrôle des familiers, et enfin un arbre orienté “sniper”. J’ai bien entendu choisi le dernier en mettant jusqu’à présent 5 points dans la compétence passive du niveau 1 de l’arbre permettant de stun 3 secondes la cible aléatoirement, et 5 points dans la compétence passive du niveau 2 de l’arbre permettant d’augmenter les chances de faire un coup critique à l’arc. Quand j’ai mis mon premier point dans cette dernière compétence, mes chances de faire un coup critique ont augmenté de 1%, quand j’ai mis un second point, elles sont passées à 2%, etc. C’est en définitive les templates RA de DaoC, ni plus ni moins.

Vous devez vous dire que tous les persos sont identiques. Et bien, à bas niveau, oui. Et la spé d’arme n’est pas là pour rattraper ce défaut de WoW. En effet, on commence le jeu avec une ou deux spé (1 de CAC pour les tanks, 1 de CAC et 1 de distance pour les archers), et on peut par la suite acheter pour 10 PA de nouvelles compétences aux Maîtres d’Armes. Ainsi, j’ai commencé ma chasseresse avec une dague comme arme de CAC, et au niveau 17 j’ai décidé de passer aux épées 2H pour tester (Mon raisonnement était simple, et je voulais tester en pratique: les rares mobs qui arrivent au CAC sont salement amochés, et en 2 ou 3 coups de dague leur compte est réglé; or le chasseur a un coup spécial qui augmente les dégâts sur timer, je ne peux donc le placer qu’une seule fois sur les 2 ou 3 coups, donc autant que ce soit avec une arme bien lente qui fait bien mal, de manière à ce que le mob meure en un coup. Ca marche bien). Bref, j’ai acheté 10 PA la comp épées 2H. Ensuite, je suis allée sur la plage tuer à la chaine des crabes gris qui avaient 10 niveaux de moins que moi (dans WOW, on a en ordre croissant: Gris, Vert, Jaune, Orange, Rouge; il y a des mobs aggro et des mobs non aggro comme dans DAoC, avec différents rayons d’aggro pour chaque mob; et à la différence que même les gris peuvent attaquer s’ils sont aggro). Ils ne donnaient pas d’xp (ils sont gris, même principe que dans DAoC), mais ils me permettaient d’augmenter ma maîtrise des épées 2H. En effet, WOW reprend ce concept à SWG et le remixe à sa sauce: quand on se sert d’une arme, on progresse dans sa maîtrise, ce qui permet de taper plus fort et de faire moins de miss. Le niveau qu’on peut atteindre est limité en fonction du niveau du personnage, et à chaque nouveau niveau du personnage cette limite est repoussée de quelques points. Ainsi, je devais atteindre dans les 80 points, j’ai donc du donner dans les 100 coups d’épée. Vous voyez, c’est facile. La progression des points fonctionne comme dans les crafts secondaires des DAoC: un point par item du craft secondaire tant qu’on est loin du niveau du craft principal; dans WOW un point par coup tant qu’on est loin du score que l’on devrait avoir si l’on avait utilisé l’arme depuis le début (j’étais à 85 en dagues, je me suis arrêtée à 80 en épée 2H car ça devenait long; et jusqu’à 75 plus ou moins, 1 coup donnait 1 point).

Dernier point à traiter sur les compétences d’armes: ce que ça change d’avoir une épée 2H au lieu d’une dague, un fusil au lieu d’un arc, une hache à la place d’un marteau, etc. Ca ne change strictement rien. Les coups spéciaux ne dépendent pas de l’arme utilisée. Le guerrier a un coup de saignement, il peut l’utiliser avec n’importe quelle arme. Je n’ai pas vu non plus de distinction entre les types de dégâts (alors que dans DAoC on a contondant, tranchant et perforant, avec les résistances associées). Les seuls types de dégâts que j’ai vu concernent la magie (il y en a 5 si me je souvient bien). Peut être que je me trompe sur ce point, mais pour le moment je n’ai pas constaté de système de bonus/malus pour les armes de CaC et de trait. Par contre, les concepts de Damage Per Second (DPS) et de Delay (Vitesse) sont bien présents, et fonctionnent exactement comme dans DAoC: un guerrier peut choisir de s’orienter frontload avec une arme très lente qui met de très grosses baffes, sans pour autant faire plus mal qu’un voleur (rogue, équivalent de l’assassin, ombre, sicaire de DAoC) qui utilisera des dagues très rapides.

L’argent

Un point sur lequel vous devez vous poser des questions, c’est ce que représentent les 10 PA dont je parle. Nul doute que vous avez compris qu’il s’agit de 10 pièces d’argent, mais est-ce une somme importante ? Définitivement non. Dans WOW, les développeurs ont choisi la politique des jeu pour le grand public, contrairement à DAoC qui est sur ce point clairement orienté hardcore-gamers. Dans WOW, l’argent se gagne facilement. Au niveau 6 ou 7, on peut avoir 10 PA. Au niveau 20 on peut avoir 1 gold. Il n’y a pas de pièces de platine, des objets de haut niveau coûteront simplement 1000 PO (comme par exemple les montures). Payer 10 PA pour une comp d’arme, ce n’est vraiment pas un gros investissement. Dans DAoC, au niveau 20 on a un équipement pourri, et on se solote difficilement du jaune; dans WOW j’ai pu acheter toutes mes compétences de classe, un bon équipement, et il me reste encore de l’argent. De ce point de vue, le jeu est très facile, c’est un système pour le grand public, pas pour hardcore gamers qui ont l’habitude de galérer.

Les loots et les quêtes

J’ai pu avoir un bon équipement grâce aux quêtes et aux loots. Concernant les loots, cela fonctionne exactement comme dans DAoC: les mobs drop des objets aléatoirement. Il y a une seule différence: les mobs normaux lvl 12 sur lesquels un lvl 12 est en train de pex vont looter dans DAoC des items lvl 8, et dans WoW des items lvl 10 à 14 (à peu près, c’est un exemple). Les quêtes, quant à elles, sont très différentes de celles de DAoC. Le système de WOW est tout simplement génial: elles sont courtes, faciles, nombreuses, et permettent de gagner de l’xp, de l’argent et des items. C’est simple, la façon de pexer dans WOW est différente de celle de DAoC (du moins jusqu’au lvl 20). Sans passer à l’extrême de ma RM montée au pbaoe en 72 heures à Modernagrav, mes autres persos montés normalement ont pexé jusqu’au lvl 50 avant de faire quelques quêtes SI pour se stuffer. Dans WOW, je fais en moyenne une dizaine de quêtes par niveau. Par exemple, je découvre une ville en me baladant dans le monde, le palefrenier devant moi me demande d’aller tuer 20 Gnolls au nord de la ville. Je pars au nord, trouve les Gnolls, en tue 20 et retourne voir le palefrenier. Il me donne 7 PA et 1000 XP (au niveau 20, ça fait 10 mobs solotés). Je ne groupe presque jamais dans WOW, je fais des quêtes qui m’amènent à tuer différents mobs. Je m’équipe et fais mon fric grâce aux quêtes, et je gagne les 3/4 de mon xp grâce aux quêtes. Une quête prend en moyenne 20 minutes. En fait la plus courte que j’ai faite a pris 2 minutes, et la plus longue 1 heure. Rien à voir avec la quête épique de DAoC qui prend la journée… Autre point important: à quelques exceptions près, pas besoin de chercher sur internet la loc du mob à tuer, il suffit de suivre les instructions du journal de quêtes pour le trouver. De même, je n’ai jamais eu à camper le repop d’un sale mob pendant 3 heures. Du point de vue des quêtes, vous l’aurez compris, WOW est nettement supérieur à DAoC.

Manger et boire

Dans WOW, on peut manger et boire. Le système est cependant différent de celui de SWG (la faim et la soif agissent dans ce jeu comme de puissants debuffs). Dans WOW vous pouvez très bien vous passer de nourriture et boisson (sauf chasseurs, voir plus loin), mais c’est quand même plus pratique d’en avoir: cela permet de réduire les downtimes en régénérant plus rapidement les PV (nourriture) et la mana (boisson). Pour manger ou boire, il faut être assis par terre et ne pas être interrompu (par un mob qui attaque par exemple). A noter que certains mets font office de buffs.

Les familiers

Au niveau 10, mon trainer m’a donné la possibilité d’utiliser un familier. Depuis, ma chasseresse ne quitte plus “Tigrou”, son tigre dompté (les chasseurs peuvent donner un nom à leur pet !). Les familiers des chasseurs sont beaucoup mieux pensés que ceux de DAoC. La principale différence est que dans DAoC c’est un sort qui invoque un familier alors que dans WOW, le familier est le compagnon du chasseur. Ainsi, on le cherche à l’état sauvage dans la nature et on le dompte. Une fois dompté, il est très mécontent et rebelle. Il faut le nourrir pour faire remonter son moral. Une petite icône à côté de la barre de vie du familier indique son état: rouge (mécontent, 75% des dégâts normaux, perd en fidélité), jaune (normal, 100% des dégâts normaux, gagne en fidélité), vert (content, 125% des dégâts normaux, gagne en fidélité). Le familier nouvellement capturé doit donc être nourri deux fois pour passer de rouge à jaune, et de jaune à vert. Mais attention, tous les familiers ne mangent pas les mêmes choses ! Mon tigre ne veut que du poisson et de la viande, il refuse obstinément de manger le pudding et les champignons hallucinogènes qui encombrent mon sac ! Quand le familier est content, il gagne en fidélité. Le système est simple: s’il est rebelle et pas content, il partira. S’il est fidèle et content, il vous obéira au doigt et à l’oeil. Et il obéira comme dans DAoC: attaquer, suivre, rester; passif, défensif, agressif. Une autre différence avec le système de pets de DAoC est que le familier est avec vous pour un bon moment: il gagne de l’xp en même temps que que vous et monte en niveaux comme vous (il ne peut cependant pas dépasser votre niveau). De même, on peut enseigner des compétences à son familier: j’ai appris “Grondement” au mien… ainsi il génère de l’aggro (comme le DS des SM en somme) et le stupide mob continuer à taper le familier pendant que je le transforme en passoire ! Tout cela vous montre que les familiers de WOW sont vraiment des outils de pex formidables (en PVP, je suis plus sceptique); et mon Tigrou, quand il meurt, je le rez illico !

Les archers en PVE

Puisque je parle de mon pet, je vais parler un peu de ma chasseresse. Dans DAoC j’ai adoré cette classe, même si le pex était extraordinairement difficile. Dans WOW c’est vraiment différent, le pex est extrèmement facile. Je lance mon familier sur un mob, avec ce que j’ai expliqué plus haut, vous savez qu’il gardera l’aggro. A partir de là j’actionne mon DoT, un flèche normale, le DD, deux flèches normales, éventuellement encore un DD et le mob est au tapis. Et oui, dans WOW les archers sont intelligents, contrairement à ceux de DAoC: il ont compris qu’en enduisant leurs flèches de poison, c’était beaucoup plus efficace ! Ainsi, on peut avoir des coups spéciaux sur timer à l’arc ! Pour l’instant j’en ai 3: un snare qui a 20% de chances de stun 3 secondes grâce au talent associé (expliqué plus haut), un DoT, un DD. Le timer est très court (3 ou 4 sec pour le DD, 2 sec pour les autres). Je tire normalement sur ma cible, et je décide de lui balancer un DD: je clique sur l’icône DD de ma barre de macro, et une flèche DD part, sans interrompre la cadence de tir normale, c’est une flèche en plus des autres, pas une flèche normale qui ferait un DD en plus. Ces coups spéciaux nécessitent de la mana, ce qui n’est pas un problème car ma barre est presque toujours pleine. Dans WOW, les archers ne sont pas interrompus par une flèche ou un sort ennemi; par contre il y a une distance minimale de portée au même titre qu’une distance maximale: si l’ennemi est trop proche, on ne pourra pas se servir de l’arc, même s’il n’engage pas l’archer au CaC. Au final, je préfère ce système à celui de DAoC. L’archer transporte un carquois qui peut contenir plus de 1000 flèches (attention, ça part vite !). Les flèches ne sont pas chères du tout. Contrairement à DAoC, il n’y a pas de tir précis, mais un tir automatique: tu tapes un mob épique avec ton raid de 50 personnes ? cible le mob, clique une fois sur l’icône arc et va te chercher un Coca. Malgré cela, l’archer de WOW est plus riche que celui de DAoC, même s’il n’est pas totalement furtif (la furtivité disparait au moindre mouvement), il a de nombreux atouts comme la possibilité de poser des pièges, de détecter les humanoïdes, bêtes, morts-vivants sur la mini-map (oui, dans WOW, il y a une carte intégrée au jeu, c’est mieux pour ne pas se perdre !), pousser des cris qui augmentent respectivement son esquive, sa force de frappe à l’arc, sa vitesse de déplacement. Seul petit problème à mon goût: la portée à l’arc est trop faible par rapport à DAoC. Mais là encore ça peut s’expliquer: il n’y a pas AMG à camper dans WOW !

En somme, si je décide de jouer à WOW au final, je ferai une chasseresse elfe, car ce perso, je l’adore. Je prend beaucoup de plaisir à la jouer.

Les tanks

J’ai essayé paladin et guerrier. Je n’aime pas. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, mais je peux dire deux ou trois choses. Déjà les paladins ne sont pas ceux de DAoC: ils tapent plus fort, mais sot beaucoup moins costauds. Dommage, dans WOW le bouclier ne sert qu’à augmenter l’AF, il ne bloque qu’occasionnellement et ne représente pas une comp à monter. Il n’y a pas de Guard/Protec/Intercept. Les paladins n’ont pas de coups spéciaux (F8-F6-va te chercher un Coca) mais des sceaux et des sorts. C’est des sortes de buffs de groupe, comme les pulse du palouf de DAoC. Rien de palpitant. Le paladin peut healer et rez.

Le guerrier est un peu plus intéressant, même si ce n’est pas vraiment ça. Il fonctionne avec un système d’endu inversée. Dans DAoC on débute un combat full endu et on en perd au fur et à mesure des coups spéciaux. Dans WOW, on début sans rage, on gagne de la rage quand on touche l’adversaire, quand on est touché ou quand on bloque, pare, ou esquive. La rage permet de placer des coups spéciaux. Ces coups spéciaux ne sont pas des combos, des enchaînements. Ce sont des coups tout bêtes qui augmentent un petit peu les dégats. C’est vraiment pas grand chose par rapport à DAoC. Franchement vous ne trouverez jamais un “Double-Frost”, un “Ragnarok” ou un “Dragonfang” dans WOW. Le guerrier n’a pas beaucoup de PV, mais il peut porter de la plaque, ce qui le rend un assez bon tank (mais côté damage dealer, j’enfonce n’importe quel guerrier du même niveau avec ma chasseresse). A noter que le guerrier a un taunt de zone sur très long timer (génial quoi…).

Voyage/Continent

Le monde de WOW est composé de 2 continents. Ces continents sont divisés en régions. Certaines régions sont sous le contrôle de l’Alliance, d’autre sont sous le contrôle de la Horde. Il n’y a pas de séparation comme dans DAoC, il y a juste des villes protégées par des gardes de telle ou telle faction. Le système de PVP est prévu pour correspondre à ce schéma, et ce n’est pas gênant (on ne risque pas trop de se faire chain kill, ce n’est pas Camlann !).

Les voyages se font à pieds (c’est extrêmement long, car le monde de WOW est vraiment immense), à dos de bestiole (à partir du niveau 40, c’est comme à pieds mais ça va plus vite, c’est le même principe que dans SWG), à dos de griffon, en bateau, en métro ou par TP.

Les voyages à dos de griffon suivent le même principe que les chevaux dans DAoC: on achète un ticket et c’est parti. Il y a cependant une différence majeure: on ne peut voyager que vers un endroit connu. Ainsi, si je veux me rendre à Westfall depuis Stormwind, je dois avoir parlé au Maître des griffons de Westfall précédemment.
En bateau et en TP pour certains voyages, et en métro entre Stormwind (capitale des humains) et Ironforge (capitale des nains).

Quand on voyage à pieds, on découvre des endroits: vous arrivez pour la première fois à la “Tour de garde de Westfall”, un message vous dira que vous venez de découvrir cet endroit, vous gagnerez un peu d’xp, et la localisation s’affichera sur la carte. Ce système de cartes est très pratique et très bien fait.

Mort/Bind

Evidemment, on voyage, on voyage, mais si on meurt, on pop où ? On pop au cimetière de la zone dans laquelle on est mort, c’est automatique, pas besoin de binder. On a alors deux choix: se faire rez par le gardien du cimetière contre une pénalité d’usure de l’équipement et un mal de rez de 10 minutes. A ce propos, l’équipement s’use comme dans DAoC: il devient jaune quand il est usé, et rouge quand il est cassé. Il n’y a pas de “dur” dans WOW, un équipement cassé réparé est comme neuf, et on peut réparer les items indéfiniment. Le deuxième choix consiste à partir à la recherche de son corps (on est alors sous forme d’esprit: on ne voit pas les autres joueurs, on ne voit pas les mobs, on voit le monde en plus sombre que lorsqu’on est vivant) et, une fois arrivé dessus, cliquer sur le bouton rez. On ne perd alors rien (pas d’xp, pas d’item, pas d’argent), et on ne souffre d’aucun malus (pas de mal de rez). Quand on meurt en PVP, c’est la même chose. Autrement dit, vous tuez quelqu’un, 2 minutes après il vous rush en pleine forme…

Pour le bind, il faut aller à l’auberge. C’est un système qui n’a rien à voir avec la mort. On choisit juste une auberge comme son foyer, et quand on veut y retourner on actionne une pierre dans l’inventaire du perso. Il se téléporte alors à cette auberge. C’est pratique pour les longs trajets ou quand on est perdu (pour aller de Darnassus la capitale des elfes à Stormwind il faut une bonne demi heure de marche, alors si on peut faire le chemin en 10 seconde avec la pierre, c’est pas de refus !).

Craft

Le craft est plus divertissant que dans DAoC, mais à priori moins abouti. Le principe fondamental est qu’on peut maîtriser deux compétences: une de récolte et une de production. Ainsi, ma guerrière a la compétence “Minage” et “Forge”. Elle se balade dans le monde et parfois elle voit sur la mini-map la signalisation d’une veine de cuivre. Ni une ni deux, elle rush la veine et extrait 3 ou 4 morceaux de cuivre. De retour en ville, elle s’approche de la forge et transforme les morceaux de cuivre en barres de cuivre, puis elle fabrique grâce à la compétence forge un pièce d’armure à partir de ces barres. Vous l’aurez compris, dans WOW pas question de camper le marchand pour crafter, il faut trouver soi même les ingrédients. On ne pourra monter le craft à haut niveau que sur un perso de haut niveau, puisque les ingrédients de haut niveau se trouveront dans des zones où les mobs sont assez… violents. Pour crafter un item, il faut une recette, un patron: on peut l’acheter après d’un PNJ ou (et c’est ça qui est intéressant!) le faire looter par un mob. Dans WOW on ne va plus à TG pour looter un OD, on y va pour looter le patron pour faire des OD à la chaîne ! C’est assez rigolo notamment pour la compétence cuisine ou les recettes sont très appétissantes: “Tourte de foie de Gorestuk”, “Brochettes de pattes d’araignée”, etc.

Ce système de craft est divertissant. Il a cependant un inconvénient: quand on ne sait pas où chercher tel ou tel ingrédient. Il faut alors se débrouiller et chercher (ce qui n’est pas forcément facile vu la grandeur du monde de WOW). Dans l’ensemble, le système lui même est supérieur à mon sens à celui de DAoC, mais il n’est pas encore assez complet (pas assez de recettes).

PVP

Je ne connais pas bien le PVP de WOW, loin de là. J’ai participe hier soir à mon premier raid PVP, et j’ai été très fortement déçue. Autant en PVE, j’ai bien aimé ce jeu, autant en PVP je trouve ça nul et non avenu. Je vais vous décrire la soirée.

Il faut d’abord définir la notion de raid. Dans WOW les groupes sont de 5 personnes (déjà que 8 dans DAoC je trouve ça un peu juste…); un raid est un groupe de groupes. On peut donc être 6 groupes de 5 personnes dans un Raid.

Il faut ensuite expliquer que sur les serveur normaux, il faut activer un flag pvp en tapant “ /pvp “, ou en s’engageant volontairement dans un combat, pour pouvoir tuer et être tué, sinon on est safe. Dans les serveurs PVP, les membres de l’Alliance ne peuvent pas s’attaquer entre eux, idem pour ceux de la Horde, mais l’Alliance peut attaquer tout membre de la Horde sans se préoccuper d’aucun flag pvp, et vice-versa. A noter qu’il n’y a aucune récompense pour avoir tué, et aucune pénalité pour avoir été tué.

Hier soir, nous, les elfes, avons attendu les humains à Darkshore, sur le continent de la Horde pour un raid contre les orcs. Le RDV était fixé à 23H, les humains arrivèrent à 23H30 à peu près. Pendant l’attente, c’était un bazard incroyable: des gens de partout, du lag, du flood (atroce!). Le problème dans WOW est la multiplication des CC: CC raid, groupe, région, général, emote, normal, send. Bien entendu, on ne peut pas modérer ces CC, contrairement à DAoC. Alors c’était le bazard.

Une fois nos trois raids formés (une centaine de personnes), nous sommes parti chez les orcs. Après la demi heure de préparation et d’attente, c’était au tour de la demi heure voyage (et déjà, ça laggait à mort).
Et puis le lead (enfin, un de ceux qui “savaient”, parce qu’il n’y avait pas vraiment de lead) a dit: il faut aller à gauche pour les orcs, surtout pas à droite, c’est les gardes. La moitié a foncé à droite et s’est fait dézinguer par les gardes. On a continué à gauche jusque chez les orcs.

Et là, le champ de bataille: une ville orc avec des vilains gardes de TP, des orcs dedans et nous dehors. Ils rush, ça lag à mort, ça freeze de partout. On en tue quelques uns, certains de nous meurent, se retrouvent au cimetière de la zone et reviennent aussitôt.

Ah… le système de ciblage de WOW. C’est difficile à expliquer, mais je trouve qu’il est plus “doux”, moins “réactif” que celui de DAoC. Bref, dans la masse, impossible de lock un ennemi. Résignée et déçue, j’ai cherché pendant 10 minutes l’équivalent du F8 pour enfin trouver que c’était la touche Tab. Bref, à coup de tab j’ai lock de ennemis, mais le temps de décocher une flèche ils étaient morts ou ils avaient disparu… parce que quand ils s’éloignent trop ils sont déselectionnés automatiquement, alors on ne sait jamais si on a réussi à les tuer, ou si ils se sont enfuis dans cette cohue !
Ma chasseresse que je voulais sniper a bourriné dans la masse à coup de F8… Tab pardon. Et puis on a fini par se faire décimer par les garde, en avoir marre de revenir en 20 secondes depuis le cimetière, et actionner la pierre de bind pour repartir chez nous. Soirée bien décevante somme toute.

Ce raid WOW, vous pouvez facilement vous l’imaginer. Sortie prise de relique. 10 FG. 1 heure minimum de glandouillage au TP, rush en 15 minutes sur le reliquaire avec des freeze monstres, wipe en 10 minutes. Release final.
Ce genre de choses, ce n’est pas pour moi. Je dois cependant dire que la Horde avait fait un mini raid à une dizaine de personnes la veille, et que je m’étais soloté une grosse orc avec deux niveaux de plus que moi dans la forêt, mode sniper et pourchasser les méchants ON. Cette fois là, c’était cool, mais je crains que la grande majorité du PVP de WOW soit sur le modèle des raids de grande envergure. L’avenir nous le dira.

Conclusion

WOW est à n’en pas douter un bon jeu, cependant d’un point de vue strictement technique, il est loin derrière DAoC.

Je vous donne mon vis, ce qui est personnel et strictement subjectif. J’ai l’impression que WOW, bien que très récent (il n’est sorti que depuis 2 mois aux USA au jour où j’écris ces lignes) est déjà figé. En effet, je préfère voir un MMORPG avec plein de vides à sa sortie, qui donne l’impression de n’être pas achevé, et qui prend forme au fil du temps au fur et à mesure des patchs successifs (exemple type, DAoC) qu’un MMORPG comme WOW qui semble achevé dans les grandes lignes. Je vois mal comment Blizzard peut apporter de grosse amélioration à WOW, si ce n’est dans le domaine des récompenses pour les frags PVP. On dirait que le jeu est déjà terminé, comme le serait un Warcraft III lors de sa sortie, et qu’il n’y aura pas trop de changement. Il y aura des patchs pour corriger des bugs et équilibrer les classes, peutê tre des add-ons, mais c’est différent.

Il est également clair que Blizzard a parié sur le grand nombre de joueurs: WOW est un jeu de masses, ce n’est pas un jeu d’élites. Même si le “grosbillisme” est souvent pénible, je n’aime pas outre mesure jouer à un jeu fait pour des Kevin-12 ans. Je m’explique: j’ai été assez stupide pour attendre le lvl 50 avant de m’apercevoir, après quelques calculs et quelques tests, que ma pauvre thane avait la même table de WS qu’un barde (pas exactement la même, mais disons qu’elle est en dessous de celle du champion et d’autres hybrides). J’étais assez dégoûtée, mais je le suis encore plus de savoir que dans WOW cela ne sera jamais possible puisque le WS n’existe pas, et qu’à mon avis Blizzard n’est pas près de rajouter à son jeu des choses si complexes (ça existe bien sûr dans le code source, pour calculer les dégâts et les chances au toucher, mais ça ne s’intègre pas dans le jeu comme dans DAoC). Je n’ai jamais aimé travailler sur mes SC dans DAoC et passer des heures à optimiser la moindre résist, mais dans WOW il manque tellement de ces petits détails qui tout en compliquant le jeu à outrance le rendent plus intéressant qu’on a vite l’impression d’en avoir fait le tour. WOW est un jeu définitivement fait pour les masses, pour les casual gamers; ce n’est pas un jeu de hardcore gamer.

Une illustration de ce que je dis: le système de repos. La barre d’xp est violette. Après un repos à la taverne, elle devient bleue et un petit curseur marque une limite au delà de la limite de l’xp déjà gagnée. Entre la limite de l’xp déjà gagnée et ce curseur, toute nouvelle xp gagnée comptera pour 200% d’xp normale. Plus on passe de temps à la taverne (inclus hors connexion bien entendu), plus le curseur s’éloigne de la limite de l’xp déjà gagnée. Par ce système et selon Blizzard, les casual gamers sont avantagés. Cependant, j’ai fait un petit calcul, et je pense qu’en 1 nuit de hardcore gaming, je solote plus de 10 mobs ! Il faudrait qu’ils augmentent le gain de 1000% au moins pour mettre à niveau les casual avec les hardcore gamers; mais l’idée est quand même là.

Une dernière chose qui est très décevante: les graphiqmes. Certains vont les adorer, pas moi. Il y a un an déjà, alors que les premiers screenshots sortaient, je soutenais que ces graphismes étaient trop “pâte à modeler”, façon Wallace et Gromit. Après c’est une question de goût, mais on peut quand même reprocher quelque chose à Blizzard: les textures de basse qualité. En effet, dans DAoC vous pouvez parcourir tout le continent sans avoir de “loading”, mais si vous entrez dans la capitale, les textures changent et vous devrez les charger, d’où le temps de chargement. Les développeurs d’Everquest 2 ont pris la décision de multiplier les chargements, contrairement à DAoC, pour offrir des textures plus belles et plus variées sur de plus petites zones. Ceux de WOW, à l’opposé, on fait le choix inverse: réduire le plus possible les chargements, garantissant ainsi une continuité au monde du jeu au détriment de la qualité des graphismes. La solution intermédiaire de DAoC me parait la meilleure.

Malgré toutes ces critiques, WOW est un bon MMORPG, et je prend du plaisir à y jouer. Mais n’est-ce pas parce que je le découvre et que je n’y suis pas encore habituée ? WOW a-t-il la capacité de tenir en haleine les hardcore gamers pendant plus de 3 ans comme l’a fait DAoC ?

à Paris le 7/02/2005

• 6286 mots • #windows #jeux
7 Fév 2005 Humour: l'ordinateur de ma grand-mère

Je suis tombé par hasard sur un blog américain qui affichait un article absolument hilarant, alors je l’ai traduit en français (faut dire, j’avais vraiment rien d’autre à foutre ;-)
Dans cet article, l’auteur explique comment il construit un ordinateur simple et convivial pour sa grand-mère de 89 ans qui a besoin d’écrire des e-mails et qui ne connaît rien à l’informatique. Elle avait besoin de quelque chose de basique pour envoyer un mail par semaine sans se compiquer la vie, sans option invasive, un super plug-and-play, un "deux clicks et ça marche". Elle va être servie !
L’adresse de l’original est la suivante: http://www.divisiontwo.com/articles/linuxbeat3.htm

Voilà le texte traduit:

J’ai depuis peu entrepris de remplacer l’ancien Macintosh de ma grand-mère avec un ordinateur qu’elle pourrait utiliser juste pour se connecter à Internet et envoyer des e-mails. Ma grand-mère a 89 ans, a toujours le sourire, un peu d’Alzeimer, et a utilisé un Mac LC II sous OS 7.5 durant la dernière décennie. A ma connaissance, elle ne l’a utilisé que pour écrire quelques lettres avec ClarisWorks. Elle n’a jamais envoyé d’e-mail, envoyé un message instantané, ou surfé sur Internet de toute sa vie.

J’avais donc une tâche assez lourde à remplir. Je devais construire une machine avec un budget de 700$, ayant tout ce dont ma grand-mère a besoin, et plus simple à utiliser que MacOS 7.5.

Pour le hardware, je suis parti sur un dual Athlon XP 1800+ avec un disque dur de 40 GO à 7200 TPM, 1 GO de RAM, et pour la vidéo une petite carte graphique dual ATI Radeon 8500 avec 128 MO de mémoire. Cette configuration devrait être assez puissante pour tenir un an ou deux. J’ai aussi mis un vieux lecteur DVD que je n’utilisais plus et un graveur CD-RW que j’avais récupéré d’un vieil ordinateur au bureau qu’ils voulaient jeter. Je lui ai finalement pris des haut-parleurs Boston et un moniteur CRT 21 pouces sur eBay. Tout cela pour un coût total de 698,34$.

Quand j’ai du choisir un système d’exploitation, j’ai eu un problème. D’un côté j’aime beaucoup le distribution Mandrake pour sa simplicité et son côté multimédia. D’un autre côté j’apprécie beaucoup la rapidité de la distribution Gentoo et sa dépendance à son système de paquetages. Je pense que la Mandrake 9.2 est la meilleure distribution, la plus complète et la plus stable, mais un néophyte en apprendra plus sur Linux en utilisant la Gentoo. Comme je ne n’arrivais pas à me décider, ne sachant pas laquelle de ces deux distribution elle préfèrerait, j’ai fini par opter pour l’installation parallèle des deux distributions - j’avais assez d’espace disque pour cela.

Deux distributions, cela signifie deux systèmes d’exploitation, donc la nécessité d’installer un boot loader. Lequel préfèrera ma grand-mère, Lilo ou Grub ? Personnellement, je pense que Lilo est plus abouti, mais Grub est plus facile à configurer. Comme je n’étais pas sûr du choix final de ma grand-mère, j’ai choisi d’installer les deux boot loaders et de mettre un boot switcher pour qu’elle puisse choisir à chaque démarrage.

J’ai d’abord installé Gentoo. J’ai formaté le disque en le séparant en 3 partitions: une utilisant ReiserFS, l’autre avec le vénérable format Ext3, et la dernière en SGI XFS dans le cas où elle voudrait télécharger des divx ou des gros warez.

Ensuite, j’ai du choisir le window manager. Il en existe des dizaines, mais 3 se détachent du lot: KDE, GNOME et XFce. Mais choisir le meilleur des trois est difficile. KDE est configurable à l’infini, est beau et a beaucoup d’options. Gnome est plus léger, plus rapide, mais il paraît aussi plus restrictif. XFce est le plus rapide et léger des trois, mais il n’est pas encore aussi mature que Gnome et KDE. Je voulais quand même l’installer, car il évolue dans la bonne direction.

J’ai donc installé les trois window managers, de telle manière que ma grand-mère puisse choisir lequel utiliser à chaque fois qu’elle utilisera son ordinateur. Elle peut parfois vouloir travailler rapidement, et parfois s’en mettre plein les yeux de belles interfaces graphiques.

Pour l’e-mail, j’ai installé Evolution et Kmail, parce que Evolution a un très joli skin (similaire à Outlook), mais Kmail est plus rapide et mieux intégré à l’environnement KDE. J’ai aussi installé Mozilla Mail car je suis un grand fan de la suite Mozilla. Pour la messagerie instantanée, j’ai installé Gaim et Kopete; et pour la navigation je lui au laissé le choix entre Mozilla, Firefox, Konqueror, Nautilus et Galeon.

Comme elle aime taper des lettre sur son ordinateur, pour le traitement de texte je lui ai mis OpenOffice, KOffice, AbiWord, Emacs et Vi. Elle aura le choix.

J’ai installé Java et Limewire pour qu’elle puisse se créer une bibliothèque MP3. J’ai aussi installé CrossOver pour qu’elle puisse utiliser WinMX et Kazaa dans le cas où elle voudrait télécharger des DivX. J’ai également mis X-Chat pour qu’elle puisse se connecter à mes channels IRC de warez favoris. Et en bonus, WineX pour qu’elle puisse jouer à des jeux développés pour Windows.

J’ai aussi installé MS Office à lancer par le biais de CrossOver. Le fait que ma grand-mère utilise des logiciels Microsoft me rend malade, parce que j’aime ma grand-mère, mais ma mère dit qu’il faut que le système soit aussi simple et compatible que possible, et je dois l’admettre, la suite de Microsoft est la plus largement utilisée sur le marché. De toute manière, je lui ai laissé le choix entre MS Office et cinq autres suites natives Linux, et je pense que c’est un bon compromis entre ce dont elle a besoin et mes principes philosophiques.

Pour le multimédia, elle a tout ce qu’il faut. Elle pourra jouer des morceaux OGG et MP3 avec XMMS, Noatun, Mplayer, Kaboodle ou Xine. Ils ont chacun des points forts et des points faibles. Elle peut utiliser les deux volumes de son système pour ripper, graver et copier des CD avec K3b ou Gnome Toaster. Elle peut aussi regarder des DVD avec Mplayer dès lors qu’elle n’oublie pas d’utiliser le flag ++dvd en le compilant. Et pour la retouche d’images, quoi de mieux que The Gimp ?

Pour qu’elle ne s’ennuie pas avec l’apparence du système, j’ai mis en place des jobs cron qui changent le thème du bureau et les widgets chaque jour.

Je ne sais pas si elle prévoit de mettre en place un réseau local, alors j’ai installé les serveurs Samba et DHCP dans le cas où elle voudrait ajouter des ordinateurs en réseau ou créer un intranet. Je ne suis pas certain que le Système 7.5 communique bien par Samba, mais si elle veut mettre le vieux Mac en LAN, elle pourra sans aucun doute trouver une solution en bidouillant un peu le fichier de configuration de Samba smb.conf.

Installer la Mandrake avec la Gentoo a été assez facile. J’ai fait à peu près la même chose qu’avec la Gentoo, sauf pour les thèmes de bureau où j’ai choisi des choses différentes pour donner à chaque configuration son propre look & feel. J’ai aussi ajouté quelques jeux de la distribution Mandrake et installé Bochs pour qu’elle puisse ouvrir des sessions Windows 98 sur un de ses bureaux virtuels.

J’ai finalement expédié la machine (que j’ai appelée “La Bête”) à ma grand-mère via UPS la semaine dernière. Je sais qu’elle l’a reçue, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de lui en parler. Ma mère l’a appelée et m’a dit qu’elle n’avait pas passé l’étape du boot switcher, mais dès que j’aurai un peu de temps libre je l’appellerai pour lui expliquer tout ça. Ma mère m’a aussi dit qu’elle s’était abonnée à Internet par cable, ce qui est très pratique puisque je pourrai l’inscrire à des groupes Usenet pour qu’elle puisse poser des questions et enoyer des rapports de bugs si elle en trouve.

Ce week-end je vais aussi voir si je peux rentrer dans son système par SSH pour mettre en place quelques scripts de la mort. Cela lui facilitera probablement la vie, et je suis sûr qu’elle apprendra à aimer La Bête.

à Paris le 7/02/05

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