Le 7 janvier dernier, l’attentat contre Charlie Hebdo a donné naissance à un hashtag sur Twitter : #JeSuisCharlie. La formule fut bientôt reprise dans le monde réel, sur des banderoles, taguée sur des murs, imprimée sur tes T-shirts… Mais certaines personnes ont pris le contrepied de cet élan de solidarité en se réclamant ne pas être Charlie.

Le 7 janvier dernier, l’attentat contre Charlie Hebdo a donné naissance à un hashtag sur Twitter : #JeSuisCharlie. La formule fut bientôt reprise dans le monde réel, sur des banderoles, taguée sur des murs, imprimée sur tes T-shirts… Mais certaines personnes ont pris le contrepied de cet élan de solidarité en se réclamant ne pas être Charlie.

Qu’est-ce que cela signifie, ne pas être Charlie ?

Tout le monde n’adhère pas forcément à la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Ne pas être Charlie peut ainsi signifier que l’on se démarque des propos des journalistes. Chacun a sa propre sensibilité et l’on ne peut reprocher à un croyant d’être choqué de voir les symboles de sa religion caricaturés. Tout au plus pourra-t-on être à son tour choqué, en tant qu’athée, d’entendre le croyant se dire choqué. Il faut simplement apprendre à respecter les différences, les choix et les croyances de chacun, mais le droit de choquer participe de la liberté d’expression.

Le problème avec les gens qui ne sont pas Charlie, c’est l’ambiguïté involontaire ou délibérée de leur propos. Cela tient en une phrase, “je ne suis pas Charlie”, mais la portée implicite du message est grande : se désolidariser de Charlie, des victimes, c’est aussi approuver les attentats. C’est dire, en quelque sorte, que les terroristes ont bien fait.

Certaines personnes qui ont affirmé ne pas être Charlie se sont rendu compte de l’ambiguïté et l’ont immédiatement levée, ce qui est tout à leur honneur. D’autres, en revanche, jouent des deux interprétations possibles, se cachant derrière la première et acceptant implicitement l’amalgame avec la seconde. Il est tellement facile de dire “je suis Charlie bien que je n’adhère pas au contenu du journal” que la formule “je ne suis pas Charlie”, lorsqu’elle est maintenue, perd toute ambiguïté : il s’agit bien d’une tentative de justification ou d’une apologie du terrorisme. On adhère au terrorisme ou on le condamne, il n’y a pas de “mais”. C’est le sens de l’article de Mohamed Sifaoui à propos de Tarik Ramadan. Dire “mais” c’est tenter d’amoindrir voire de nier la gravité des actes de terroriste ; c’est du négationnisme, certes pas sous sa forme habituelle, mais du négationnisme tout de même.

D’autres encore voudraient bien être Charlie, sans y parvenir, parce que leur morale personnelle s’élève à la hauteur du caniveau. Parmi eux sont ceux qui, pensant faire une bonne affaire sur le dos des victimes de l’attentat, se sont empressés dès mardi matin d’acheter des exemplaires de Charlie Hebdo, sachant qu’il y aurait presque immédiatement rupture de stock, pour les revendre illico presto aux enchères sur eBay. Charognes ! Et ceux qui participent à ces enchères, prêts à payer des sommes exorbitantes pour pouvoir dire “j’ai mon exemplaire”… pauvres d’eux.

Je suis Charlie et j’achèterai mon exemplaire, dont le prix sera reversé au journal, quand j’en trouverai un en kiosque.